Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et le ministre tunisien des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger Mohamed Ali Nafti ont échangé, lors de leur entretien téléphonique, mercredi sur les enjeux diplomatiques relatifs au XXème Sommet de la francophonie à Phnom Penh au Cambodge les 15 et 16 novembre prochains.
La précision a été apportée par le Quai d’Orsay relayé par l’ambassade de France en Tunisie. Sièges des précédents Sommets de 2022 et 2024, les deux pays coordonneraient leurs positions su sujet de l’élection du prochain secrétaire général de la Francophonie, enjeu majeur du Sommet de Phnom Penh.
La Tunisie et la France ont été en effet les pays qui ont accueilli les deux derniers Sommets de la Francophonie et c’est dans l’ordre des choses qu’ils se consultent sur la prochaine conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Organisation internationale de la Francophonie. Surtout que celle-ci aura à élire le nouveau secrétaire général de la Francophonie.
L’actuelle titulaire du poste, la Rwandaise Louise Mushikiwabo a vu son mandat renouvelé à Djerba lors du XVIIIe Sommet tenu les 19 et 20 novembre 2022. Le XIXe Sommet a eu lieu en France les 4 et 5 octobre 2024 avec une séance inaugurale à la Cité internationale de la langue française, située au sein du château historique de Villers-Cotterêts.
En fait, à dix jours de l’ouverture du Sommet de la Francophonie au Cambodge, la course à la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) vire à la bataille diplomatique de haute intensité, menaçant de fracturer l’institution, selon des sources concordantes.
Quatre candidats officiels, auditionnés en juin dernier à Paris, briguent le mandat 2027-2030 : la Secrétaire générale sortante Louise Mushikiwabo (Rwanda), Juliana Amato Lumumba (RDC), Dacian Cioloș (Roumanie) et Coumba Bâ (Mauritanie).
La succession, qui se jouera le 16 novembre à Phnom Penh lors du huis clos des chefs d’État, cristallise les tensions géopolitiques régionales.
Donnée favorite pour un troisième mandat, la Rwandaise Louise Mushikiwabo fait face à une contestation frontale de la République démocratique du Congo (RDC), qui pousse la candidature hautement symbolique de Juliana Lumumba, fille du héros national de l’indépendance, Patrice Lumumba. Ce duel des Grands Lacs paralyse les diplomates, qui redoutent un vote de rupture.
Dans ce contexte, la candidate Mauritanienne Coumba Bâ, ministre-conseillère auprès du président de la République tente de s’imposer comme la candidate de conmpromis. Forte d’un profil de trait d’union entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabo-musulman, elle prône le dialogue et le retour des pays sahéliens actuellement suspendus. Face à eux, l’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloș mise sur une neutralité stricte et un programme axé sur la Francophonie économique et l’intelligence artificielle.
Parallèlement, les grands bailleurs de fonds occidentaux et le bloc asiatique affinent leurs stratégies sous le sceau de la prudence. Si la Belgique refuse un passage en force qui diviserait l’organisation, le Canada, sous la direction du Premier ministre Mark Carney, et le Québec, membre à part entière observent une stricte réserve pour préserver leurs intérêts économiques.
De leur côté, les pays d’Asie- Pacifique, menés par le Cambodge, pays hôte, rejettent catégoriquement toute implication dans les querelles africaines ; ils entendent concentrer leurs votes secrets sur les candidats garantissant la stabilité institutionnelle et portant un agenda résolument axé sur la francophonie économique et le numérique.
La tension est montée d’un cran ces derniers jours. Selon plusieurs sources diplomatiques, la RDC, la Mauritanie et la Roumanie contestent activement l’application de la règle du vote à la majorité simple, redoutant qu’elle ne favorise un passage en force du Rwanda.
Si aucun candidat ne parvient à unifier les 53 États votants d’ici le 16 novembre, les observateurs n’excluent plus le scénario d’un gel du scrutin et d’un report de l’élection à 2027, une situation inédite qui plongerait l’OIF dans une phase d’incertitude institutionnelle.
RBR

