Corruption: Au-delà des indices et les professions de foi…

Corruption: Au-delà des indices et les professions de foi…

Les déchets italiens ? S’en souvient-on encore ? 7900 tonnes d’ordures ménagères déclarées comme déchets plastiques à recycler, importées en 2020 par une entreprise tunisienne auprès de cercles mafieux italiens. En fait, ce fut une très grande affaire de corruption et des têtes de chez nous sont tombées. L’affaire s’est même internationalisée. Pour la Tunisie, ce fut une affaire d’Etat.

Mais ce fut aussi un démenti aux espoirs d’une éradication de la corruption à l’aube d’une révolution trahie, et pas uniquement dans ce chapitre-là.

« L’opération main-propre » clamée dans l’ambition délirante d’un Youssef Chahed qui se révèle être compromis (avec sa clique rapprochée) dans le népotisme sournois et des manigances aux mains sales ? Ce ne fut ni plus ni moins qu’une litanie, pour se muer après-coup en un pétard mouillé. L’arrestation de Chafik Jarraya n’en fut qu’un effet d’annonce. A l’époque, Transparency international, organisation non gouvernementale basée à Berlin ne se laissa pas influencer : l’indice était au plus bas.

Depuis le tournant du 25 juillet, les chiffres se sont largement améliorés. C’est un fait. Mais en rapport avec 2024, ils affichent une stabilité, mais aussi une stagnation. Coup d’arrêt à la lutte contre la corruption ?

En l’occurrence, le rapport de Transparency International, comme rapporté par notre journal, le 20 février dernier, classe la Tunisie à la 91è place sur 182 pays, avec un score de 39/OO points à l’échelle mondiale. A l’échelle africaine, la Tunisie se classe 13è.

Ce score est le même qu’en 2024. La corruption, en l’occurrence, n’a pas évolué. Elle n’a pas pour autant baissé, hormis tous les garde-fous mis en place et les professions de foi pour la combattre. A l’évidence, il manque des maillons dans la chaine des mesures détectées pour s’attaquer à la « piovra ».

Parce que cette pratique est fortement ancrée, depuis très longtemps  dans les pratiques tunisiennes. Pots-de-vin, dessous de table, détournements de fonds, népotisme, abus de pouvoir…Tous les ingrédients sont en effet réunis et ils ont la peau dure.

Parce que, finalement, la corruption ne saurait être mise au pas par les seuls slogans. Parce qu’en plus, il s’agit aussi d’un dysfonctionnement institutionnel. Et pour y remédier, il serait opportun, indispensable même, de procéder à une authentique réforme législative.

Cela engloberait la numérisation tous azimuts de l’administration, pour un contrôle en temps réel des pratiques et des infractions avec les usagers. La révision du Code des marchés, devenu obsolète, est à redéfinir.

Du reste, l’explosion de la monnaie fiduciaire avec un pic de historique de 27,6 milliards de dinars, c’est-à-dire, hors des circuits bancaires et, donc, sans traçabilité, représente un terreau privilégié pour les corrupteurs (et les corrompus) des dieux.

 Le député, membre de la commission de l’administration, de la numérisation et de la lutte contre la corruption, propose, en plus de la refonte institutionnelle, une meilleure protection des lanceurs d’alertes, systématiquement exposés à l’effet boomerang, à la stigmatisation, voire à la perte d’emploi. Il propose aussi de réactiver l’INLUCC. A-t-elle néanmoins été l’antre des incorruptibles ? Qu’il nous soit permis d’en douter.

Dans un pays qui a l’ambition de se reconstruire, l’éradication de la corruption doit en être la pierre angulaire. Travail ardu, chemin parsemé d’embûches et un véritable sacerdoce. La révolution culturelle impliquant les mentalités passe par là.

Raouf Khalsi 

 

 

 

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