Par Brahim Oueslati
« Compte tenu de l’épuisement des fonds alloués à cette nature de crédit, nous ne sommes pas en mesure de réserver une suite favorable à votre demande. »
Ce message, adressé par une banque de la place à l’un de ses clients ayant déposé une demande de crédit sur l’honneur sur la plateforme dédiée, résume à lui seul la situation. Le demandeur avait pourtant effectué les démarches requises et enregistré sa demande. Mais les fonds disponibles ont été épuisés avant que son dossier puisse être satisfait.
La banque précise que, conformément au décret n° 2026-148 et à la circulaire de la Banque centrale de Tunisie n° 2026-08, les demandes doivent être traitées selon leur ordre d’enregistrement sur la plateforme.
Une réponse qui risque de susciter la déception de nombreux demandeurs, mais qui apporte surtout un éclairage précieux sur l’ampleur de l’engouement suscité par ce mécanisme.
Car si les fonds sont déjà épuisés, c’est bien que les demandes ont afflué en nombre.
17 banques, 142 millions de dinars mobilisés
Cette opération mérite d’abord une mise au point sur les chiffres.
Contrairement à certaines informations qui ont circulé, le dispositif ne concerne pas quelques établissements bancaires seulement. Ce sont 17 banques de la place qui sont engagées.
L’enveloppe globale prévue atteint 142 millions de dinars.
Le dispositif concerne par ailleurs deux catégories de financements.
La première porte sur des crédits destinés à répondre aux besoins des personnes, avec un plafond fixé à 5.000 dinars.
La seconde concerne les petites entreprises et les entreprises communautaires, avec des crédits pouvant atteindre 25.000 dinars.
Des montants qui peuvent sembler relativement modestes, mais qui représentent, pour nombre de personnes et de petits entrepreneurs, une véritable possibilité de démarrer une activité, d’acquérir du matériel ou de financer un besoin qui serait autrement difficile à couvrir.
Environ 14.000 bénéficiaires potentiels
Le dispositif pourrait profiter à environ 14.000 bénéficiaires.
Ce chiffre permet de mieux mesurer l’importance de l’opération, mais aussi ses limites.
Car rapportée au nombre de personnes susceptibles d’avoir besoin de ce type de financement, l’enveloppe de 142 millions de dinars peut rapidement atteindre ses limites.
Et c’est précisément ce que révèle aujourd’hui la réponse de certaines banques : le problème n’est pas le manque de candidats, mais l’épuisement de l’enveloppe disponible.
Une demande sociale qui dépasse largement l’offre de financement
C’est probablement là que se trouve le véritable enseignement de cette expérience.
Le succès du crédit sur l’honneur ne traduit pas uniquement l’attrait d’un nouveau produit bancaire. Il révèle surtout une demande considérable de petits financements auxquels les circuits classiques répondent difficilement.
Pour beaucoup de demandeurs, 5.000 dinars peuvent faire la différence entre une idée qui reste sur le papier et une activité qui voit le jour.
Pour une petite entreprise ou une entreprise communautaire, un financement pouvant atteindre 25.000 dinars peut permettre d’acquérir des équipements, de lancer une activité ou de consolider un projet.
Le besoin n’est donc pas nécessairement celui de gros investissements. Il est souvent beaucoup plus simple : trouver un financement accessible, adapté à la taille du projet et aux capacités du demandeur.
D’où l’attente suscitée par ce dispositif.
Et d’où aussi la déception de ceux qui découvrent aujourd’hui que, malgré une demande enregistrée, les fonds disponibles ne permettent plus de financer leur projet.
Le système du « premier arrivé, premier servi »
La réponse adressée par cette banque est également révélatrice d’un autre aspect du dispositif : la règle de l’ordre d’enregistrement.
Les demandes sont servies selon leur ordre d’arrivée sur la plateforme. Une règle qui peut sembler logique dans un contexte d’enveloppe financière plafonnée, mais qui transforme nécessairement l’ouverture de la plateforme en une véritable course contre la montre.
Ceux qui ont pu enregistrer leur demande suffisamment tôt ont davantage de chances de bénéficier de l’enveloppe. Les autres risquent de se retrouver face à un message de remerciement… suivi d’un refus pour épuisement des fonds.
Le véritable succès… et la vraie question
Il serait donc injuste de considérer uniquement le nombre de bénéficiaires qui pourront finalement obtenir ce crédit. Le véritable indicateur est peut-être ailleurs : dans le nombre de personnes qui ont voulu en bénéficier.
Si des milliers de Tunisiens se sont précipités sur les plateformes, c’est que le besoin existe.
Et si une enveloppe de 142 millions de dinars répartie entre 17 banques risque de ne pas suffire à répondre à la demande, la question qui se pose désormais est simple : faudra-t-il augmenter l’enveloppe ou laisser sur le bord du chemin une partie de ceux qui ont manifesté leur volonté d’entreprendre ou de répondre à leurs besoins ?
Le crédit sur l’honneur aura au moins eu le mérite de mettre en lumière une réalité que les statistiques ne disent pas toujours : en Tunisie, le besoin de petits financements est probablement beaucoup plus important que l’offre actuellement disponible.
La réponse de cette banque, sèche dans sa formulation mais claire dans son contenu, en constitue une illustration presque parfaite : les fonds sont épuisés, alors que les demandes, elles, ne le sont manifestement pas.
Au bout du compte, le crédit sur l’honneur aura révélé une demande bien réelle de petits financements. Mais pour ceux qui ont enregistré leur demande et découvrent aujourd’hui que les fonds sont épuisés, l’espoir laisse place à une profonde déception. Car derrière chaque dossier rejeté faute de ressources, il y a peut-être un projet qui ne verra pas le jour, une activité qui ne démarrera pas ou un besoin qui restera sans réponse.
Le succès du dispositif est incontestable. Mais pour ceux qui restent sur le quai, la déception est à la hauteur de l’espoir suscité.
B.O
