Départ de Chahed, la messe semble dite

Départ de Chahed, la messe semble dite

Au moment où Youssef Chahed qui représente la Tunisie au forum sino-africain à Pékin serre la main du président chinois Xi Jinping, l’étau se resserre contre lui à Tunis. Reçu par le président Béji Caid Essebsi, le chef du mouvement Ennahdha Rached Ghannouchi a, semble-t-il, donné l’ultime « coup de pied de l’âne » à Chahed, préférant sauver son deal avec « son ami » de cinq ans et néanmoins « allié » que de continuer de soutenir l’enfant rebelle. Le sort du gouvernement dit d’union nationale est pratiquement scellé et la messe semble dite. Les jours de Chahed à la Kasbah sont comptés.

Pourtant, Youssef Chahed propulsé au firmament par la grâce de son « parrain » Béji Caid Essebsi a, dès le départ, donné des gages de fidélité à son mentor. Mais peu à peu il a commencé à prendre de l’envol, forgeant son image de chef réfléchi, capable de trancher toutes les questions avec audace et parfois avec fermeté sans se référer à celui qui l’a fait « Roi ». Parfois même contre sa volonté, comme son attaque frontale contre le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caid Essebsi, ou encore le limogeage sans ménagements de l’ancien ministre de l’intérieur Lotfi Brahem. De mois en mois, il a pris de l’assurance, se détachant du carcan du « parrain ».

C’en est trop pour le vieux briscard qui a juré que rien ne sera pardonné. Même affaibli, il garde encore des cartes entre les mains. « Cette filiation qui a viré à la trahison », l’empêche de dormir, mais pas de réfléchir à la manière de faire sauter cet enfant rebelle aux ambitions jugées démesurées. Son fils Hafedh qui dirige ce qui reste d’un parti moribond et amoindri, rumine sa vengeance pour effacer l’affront que lui a infligé son adversaire et rétablir son honneur, celui de son père et de sa famille, salis par ce que lui et son entourage considèrent comme des « ignobles ». Ces « ignobles » ce sont, selon eux, les proches de Youssef Chahed à qui on prête toutes sortes de magouilles, de manigances et de …ragots.

Béji Caid Essebsi a trouvé en Noureddine Tabboubi un allié de taille. Ce denier ne fait pas dans la dentelle. Il ne rate aucune occasion pour charger Youssef Chahed qui après avoir réussi à l’apprivoiser, a fini par se brouiller avec lui.

En deux ans, Youssef Chahed  a usé quatre ministres et un secrétaire d’état qu’il a limogés de manière fracassante voire mortifiante, alors que deux autres, Fadhel Abelkefi et Mehdi Ben Gharbia, ont anticipé leur révocation en présentant leur démission. Or, il s’avère que les noms des ministres relevés de leurs fonctions ont souvent été évoqués comme possibles remplaçants de Chahed à la primature. Ils ont, également, en commun, de n’avoir pas de soutien partisan. Le premier qui en a fait les frais est l’ancien ministre de l’éducation Néji Jalloul sacrifié un 1er mai 2017 sur l’autel de « l’alliance » avec la centrale syndicale qui, depuis, a pris ses distances de Chahed. A son tour, Fadhel Abdelkefi, ministre du développement régional, de la coopération internationale et des finances qui a démissionné de son poste sur fond d’une affaire judiciaire, a été, à un moment, pressenti, pour le poste de chef de gouvernement. Il en est de même pour le ministre de l’intérieur Lotfi Brahem limogé, dix mois après sa nomination, contre la volonté du président de la république. Khaled Kaddour, un expert en énergie, fils d’un ancien syndicaliste, figure, à son tour, dans « le short » liste des prétendants à la primature, avec le soutien de l’UGTT. La décapitation du ministère de l’énergie des mines et des énergies renouvelables, en dépit des explications fournies par le porte-parole du gouvernement, a sonné comme un affront donné à l’UGTT. Un argument de plus pour crier au loup.

Toutefois, Youssef Chahed qui a réussi à vendre son image de jeune chef de gouvernement portant le flambeau de la jeunesse, ne semble pas s’avouer vaincu. Tout comme ses adversaires, il a des cartes entre les mains qu’il dévoilera le moment venu.

B.O

 

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