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Dialogue National: Entre compétents et faux jetons

6 novembre 2013
in Chroniques
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Sans s’attarder sur le ‘’ bien-fondé’’ de faire gérer le pays par des personnalités hors mécanismes démocratiques standards, sans s’attarder aussi sur le processus d’un ‘’Consensus National’’, n’ayant pas forcément référence populaire, si ce n’était entre parties prenantes surmédiatisées et ayant monopolisé la parole deux ans durant, le traitement de la désignation du Chef du Gouvernement est fragile eu égard à la position stratégique actuelle aussi bien des intermédiaires que des parties politiques antagonistes.

De fait, les tunisiens se trouvent dans l’expectation du sort de rapports de forces devant donner lieu à un nouveau Chef de Gouvernement dont le statut est jusqu’alors celui d’un ‘’Candidat en attente d’imputation’’.

Cette manière de désignation ne garantit nullement la neutralité du futur Premier Responsable de la Gestion du Pays puisqu’il émanera in fine de la partie puissante du marchandage politique. Il lui sera alors redevable de la campagne qu’elle lui aurait consacrée.  Partant, tous les candidats sont a posteriori entachés d’aliénation politique freinant ainsi leur penchant sur l’unique intérêt national.

Parmi ces candidats figure l’ancien gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie Mustapha Kamel Nabli. Très respecté par certains qui voit en lui le sauveur MKN est pénalisé par ses relations parentales avec Kamel Ltaïef, et son manque de neutralité puis qu’il n’a pas hésité à s’afficher dans quelques meetings de Nida Tounes.

Si ces obstacles sont connus par le commun des mortels, les observateurs initiés savent que MKN ne fait pas objet d’un commun accord parmi les adversaires et les partisans sur d’autres points   :

-De part son profil hautement diplômé, l’ex gouverneur de la BCT jouit d’une sympathie monolithique surtout des milieux universitaires et des hauts responsables de quelques instances internationales. Son expérience, que ce soit au sein du Ministère du Plan aux environs de la mise en œuvre du plan quinquennal suivant celle du PAS en Tunisie ou celle dans les structures de la BM, serait un gage au crédit d’un homme d’Etat compétent et utile dans cette phase de transition où l’Economie passe par des difficultés et selon quelques uns par une ‘’crise ouverte’’.

Cependant, de l’autre côté, les adversaires, considérant que l’essentiel de sa formation institutionnelle en Tunisie s’est effectuée au sein du ‘’Système Politique du Dictateur’’ qui été pendant longtemps à son service. Le semblant du contre-argument portant son aspect non-politisé n’est pas envisageable dans une logique de révolution qui ne devrait pas se limiter à la simple possession de la carte d’adhésion au parti du RCD quand il s’agit de hautes fonctions de l’Etat….MKN est de ce point de vue considéré sans crédit pour être à hauteur des attentes multidimensionnelles de la transition qui ne sont pas seulement économiques.

En fait, les solutions économiques concrètes pour la Tunisie ne sont pas exclusives aux meilleurs économistes au monde. Les problèmes purement économiques (chômage des diplômés, déséquilibre régional, disparités sociales, essoufflement du modèle de croissance,…) sont tellement patents, pourtant ils persistent, que les vraies solutions se situent ailleurs. …. D’ailleurs, on ne peut pas faire partie intégrante du passé alors qu’on est appelé à gérer un avenir différent mais meilleur. Un avenir digne des aspirations de ceux qui ont déclenché le changement et qui malheureusement se trouvent encore une fois exclus.

-Les partisans de la candidature de MKN considèrent que ses déclarations sont équilibrées et rationnelles et pourraient être à chaque fois une feuille de route pour dépasser les moments difficiles, ce qui va de pair avec le besoin actuel de la Tunisie. Les adversaires voient que dans un contexte de méfiance entre les parties prenantes ; méfiance naturelle mais très mal gérée depuis la première équipe dirigeante post-14, tout le monde adopte les discours les plus innovants à l’instar de celui de BA, rappelons-le, à l’occasion de la guerre sur l’Irak en 1991 en s’alignant du côté des populations matées. La crédibilité du discours se mesure généralement par son écart aux faits, à défaut par son caractère contradictoire dans le temps.

En effet, les propos de MKN n’ont pas suivi selon ses opposants, le concept  » Révolution » puisqu’il a critiqué pour sa lenteur dans l’annonce des réformes modernisant la BCT, dans le traitement des dossiers des biens mal acquis et dans l’instauration de nouvelles règles de bonne gouvernance  surtout qu’il a gardé voir même promu d’anciens cadres fidèles à son prédécesseur évincé depuis février 2011, mais aussi contradictoires.

-Selon ses opposants, en étant Gouverneur de la BCT, MKN a manqué de coordination avec le gouvernement. Partout dans le monde, la coordination  ne limite jamais l’indépendance de la Banque Centrale.  Toujours selon ses opposants, il a pris des médias un support pour revendiquer l’Indépendance de la BCT et critiquer péjorativement le Gouvernement comme si la politique monétaire émanait de d’en dehors les institutions de l’Etat et de la politique macro-économique globale du pays.

Ses réserves pendant les réunions étaient compensées par des déclarations médiatiques inutiles innocentant systématiquement ses manouvres et exportant l’image de la fracture au sein des institutions de l’Etat comme souligné dans plusieurs articles d’universitaires malheureusement  inaccessibles au grand public.

Mais qu’on soit pour ou contre la candidature de Nabli ou encore celle de certains autres politiciens qui ont travaillé sous l’ancien régime, à l’instar de Zbibi ou Essid,  les questions sont de savoir pourquoi ceux qui les soutiennent ne cherchent-ils pas ailleurs et pourquoi le destin de la Tunisie est négocié toujours par les mêmes personnes ? Est-ce qu’elles sont aussi indispensables ?

Par Héba Tijani

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