
Le drame des émigrés tunisiens morts au large de Lampedusa est effarant. Selon les premières estimations pas moins de soixante dix jeunes sont portés disparus après le terrible naufrage de leur embarcation de fortune à travers laquelle ils essayaient de joindre clandestinement l’île italienne de Lampedusa.
56 autres migrants, dont une femme, ont été sauvés par les secouristes italiens près de l’îlot de Lampione.
Selon les témoignages des rescapés recueillis par les garde-côtes italiens, 136 migrants avaient embarqué au départ de la Tunisie, dont 10 femmes et 6 enfants.
Bien que des vedettes et des hélicoptères des garde-côtes et même des bâtiments de l’Otan continuent leurs recherches, les chances de retrouver d’autres survivants se sont presque anéanties.
Mais ce qui est frappant dans ce drame, c’est le traitement qui lui a été consacré par les autorités et les médias tunisiens.
Sous d’autres cieux, pareille tragédie dans laquelle périssent des dizaines de citoyens aurait été largement suffisante pour décréter un deuil national et des réactions à la mesure de la catastrophe de la part des autorités et des médias.
Mais il n’en fut rien en Tunisie. D’ailleurs, ni le Président provisoire ni le Chef du gouvernement provisoire n’ont jugé utile ni d’intervenir pour présenter leurs condoléances aux familles des disparus dont les corps ont déjà été repêchés, ni expriment leur regret du renouvellement de ce genre de tragédie en promettant des mesures pour arrêter le fléau de l’immigration clandestine, ni même d’ordonner l’ouverture d’une enquête.
Pire encore, aucun officiel ne s’est dépêché sur place pour vérifier l’état des rescapés ou coordonner avec les autorités italiennes les recherches. Notre ministre des Affaires Étrangères a même vu qu’il était plus important de célébrer un mariage collectif retransmis par Al Jazeera !!
Quant à nos médias, dont la majorité n’ont d’intérêt que la politique et dont la devise est désormais de remonter les citoyens les uns contre les autres en fonction de leurs couleurs politiques, ils sont aussi à blâmer parce qu’ils n’ont pas consacré la couverture adéquate à ce drame, alors que les médias étrangers l’ont longuement traité.
L’information a été banalement annoncée le vendredi soir dans les journaux télévisés des différentes chaines tunisiennes publiques soient-elles ou privées, sans consacrer des reportages ou des correspondances spéciales en direct de Lampedusa, à travers lesquelles nous aurions aimé découvrir les témoignages des rescapés.
Pire, au journal de 20h de Watania 1, la rédaction a classé cette information au 4éme rang dans l’ordre des informations du jour, lui préférant d’autres actualités qu’elle a jugées beaucoup plus importantes telles que la manifestation « Ekbess ».
Face au traitement consacré par les autorités et par les médias à cette tragédie, nous ne pouvons conclure que ce genre d’affaire gêne encore les gens du pouvoir qui préfèrent la banaliser pour détourner les regards et fuir leurs responsabilités.
Quand aux médias il n’y a que le manque de professionnalisme qui explique leur attitude car personne ne leur a interdit de prendre l’initiative, d’envoyer des correspondants à Lampedusa, de réaliser des reportages ou d’ouvrir des débats face ce mal qui ronge notre société depuis bien longtemps.
K .Ben Mrad
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