Equipe nationale: à quel saint doit-elle se vouer ?

Equipe nationale: à quel saint doit-elle se vouer ?

Le philosophe Blaise Pascal disait : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » : cela tient au relativisme des valeurs. Et, en ce qui nous concerne ici, sommes-nous sûrs d’avoir bien pioché dans les causes endogènes et exogènes d’une débâcle qui ne pouvait être qu’annoncée, parce qu’on la voyait venir dans la configuration d’une CAN qui fut le prolongement mental et psychologique des déboires en coupe arabe.

Pour autant, il y a à relever (d’abord) le contexte dans lequel s’est mue cette déliquescence. Et, comme toujours, on laisse la situation pourrir, puis, bistouri en main, on se met à vouloir extirper « le mal » qui gangrène ce corps malade, sinon à lui injecter des doses de morphine.

Le ministère de tutelle a bien organisé une réunion avec des figures connues dans le monde du football national. Mais l’impression générale est qu’on s’est « attaqué » au problème en amont ; pas en aval. Ce ne fut donc pas une réunion exploratoire : on s’est focalisé sur le profil du futur sélectionneur national. Le ministère tenait à ce qu’il soit tunisien, tandis que d’autres consultants présents planchaient pour un entraineur étranger. Où est, donc, la « vérité » dans tout cela, tandis que la controverse prend des proportions virales et que les plateaux n’en finissent toujours pas de creuser un fossé abyssal entre le oui et le non.

Définir le profil idéal du sélectionneur national relèverait quelque part d’une question de souveraineté. Si l’on opte pour un autochtone (au-delà des noms avancés lors de cette réunion) cela ne signifierait pas que nous soyons dans un nationalisme intempestif. Parce que la Tunisie regorge de potentialités ayant même fait bonne figure à l’étranger.

Mais alors, la sélection est-elle le fait du sélectionneur et lui seul ? Et la structure fédérale qui a malheureusement administré (au Maroc plus qu’au Qatar) la preuve de ses propres contradictions et d’un manque d’homogénéité flagrant ? Et, par le plus classique des scénarii, c’est Sami Trabelsi qui était communément désigné l’homme fusible ! Encore une fois : où est la vérité, surtout que le destin de Trabelsi a été scellé déjà au Maroc et que l’on s’est arrangé de sorte à l’emmurer dans le silence. La logique et le bon sens auraient été que Sami Trabelsi participât à la réunion et qu’il présentât son rapport et non qu’on le fît à sa place. On a d’ailleurs vu que Zied Jaziri était dans la gêne, puisque les poisons de l’outrance ne l’ont pas épargné, lui non plus, allant jusqu’à lui dénier son apport héroïque, lors de la CAN  2004.

Et, c’est justement là que le bât blesse. Personne ne prend appui sur des fondamentaux immuables. On ne remonte pas le temps, parce qu’il y a eu une cassure générationnelle. L’Argentine 78 n’est plus qu’une vitrine figée, et non pas une source d’inspiration: Chetali est juste « momifié ». La finale de la CAN à Johannesburg (1996), après des années de vaches maigres, n’a plus de retentissement. La CAN 2004, remportée de haute lutte est presque déniée à la faveur d’une prétendue « instrumentalisation politique ». Autant dire, trois grands repères empiriques, mais voués à l’oubli. Il est vrai qu’à chaque génération son mode d’emploi et sa propre perception des choses.

En cette période (plutôt dans ce cycle), c’est la prospection des Tunisiens évoluant à l’étranger. C’est aussi le cas de toutes les autres équipes africaines (dont principalement le Maroc). Sauf que si l’on y a massivement recours, c’est que le championnat tunisien est avare en talents.  Mais il ne faut pas oublier une autre donne absolument déstabilisante : le régionalisme. Une gangrène alimentée par le chauvinisme outrancier pour lequel ni un sélectionneur quel qu’il soit, ni un bureau fédéral composite ne trouveront l’antidote.

C’est la chute des valeurs. Un cinglant démenti à nos espérances. Or, quelles que soient les vicissitudes, l’équipe nationale doit être protégée, anoblie et placée au-dessus des basses contingences. Du pur romantisme, diront les maximalistes. Non, c’est la réalité. Et ce pourrait être le point de départ pour une totale refonte du football tunisien. Exhumer les fondamentaux, donner à rêver aussi mais avec réalisme. Et, finalement, réfléchir à instituer des états généraux du sport, dont le football.

Mais il faudra du courage. Beaucoup de courage.

Raouf Khalsi

 

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