
On croyait avoir tout vu en matière d’alliance de circonstances, de recyclage idéologique, de paradoxes intellectuels, de marchandage religieux, de surenchère patriotique et de voltes faces machiavéliques. Les politiques ont certes la mémoire courte et se font maîtres dans l’art de manier le verbe, de renier leurs actes, de changer de position et d’affirmer la chose et son contraire mais la mémoire collective est toujours là présente pour rappeler à tous que nul n’est assez riche pour racheter son passé.
Après le recyclage des sbires des Trabelsi en vaillants protecteurs de la révolution, la conversion de dangereux mafieux en honorables donateurs des principaux partis politiques , le bouleversement orchestré de la vulgarité et de l’indécence en valeurs nobles et porteuses , le blanchiment d’itinéraires macabres d’opportunistes notoires promus dignitaires, le triomphe de parfaits anonymes transformés en icônes et donneurs de leçons voilà que l’énigmatique Slim Riahi et le sulfureux Nabil Karoui s’autoproclament instigateurs du scénario salvateur pour la Tunisie et l’intronisation du duo magique Essebsi/ Jebali aux commandes du pays.
Un duo qui a fait couler beaucoup d’encre à cause de la fameuse cérémonie de passation entre les 2 hommes dont le contenu a été fuité par un cameraman de chez Nessma. Une indiscrétion qui a suscité beaucoup de controverse et de polémique.
L’un s’offusquait de la fuite et de l’atteinte au secret d’Etat et l’autre dénonçait l’amateurisme et l’irresponsabilité de la nouvelle équipe. Mais face au blocage politique, à la crise économique qui secoue le pays et en l’absence de stratégie et d’une feuille de route claire, la puissance de l’argent est sortie de sa réserve et a concocté un scénario finement ficelé qui tient compte des égos des leaders politiques, du poids, de la force et de la représentativité des différents partis, des enjeux économiques actuels et de leurs intérêts respectifs.
Avec cette perversité intellectuelle, cette décadence morale et ce déni des valeurs, la relation adultérine entre argent et politique n’est plus à blâmer tant elle est consentie, bénie et légitimée par les médias. Faiseurs d’opinion, capables de formater les cerveaux et les comportements, faire et défaire les carrières, dessiner les trajectoires d’un pays et peser sur l’avenir d’un peuple, les médias, nouvelles puissances politiques, triomphent en échafaudant le scénario qui sied le mieux à leurs intérêts et aux intérêts de leurs protégés.
Lobbyistes à souhait, appuyés par le patronat tunisien et la centrale syndicale, adeptes des pokers menteurs et flairant le bon coup qui rapporte gros , le ticket Riahi-Karoui joue sa carte gagnante.
Le duo Essebsi /Jebali serait le joker qui assurerait un partage équitable des pouvoir entre les Nahdaouis et les Nidaaistes, contribuerait à pacifier le climat social , rassurerait les hommes d’affaires et les investisseurs, redynamiserait la machine économique , neutraliserait l’avancée extrémiste de gauche et de droite et anéantirait la percée destourienne et le retour des cadors de l’ancien régime.
Nonobstant les motivations réelles des puissances de l’argent et des médias et s’appuyant sur la real-politique ou la politique de la raison , le choix du duo Essebsi-Jebali paraît idoine et salvateur tant il peut préserver le pays d’une déchirure irréparable du fait de cette violence ambiante , redorer son blason et son image écorchée du fait des prestations présidentielles équivoques et à la limite des usages diplomatiques, redonner une lueur d’espoir à un peuple de plus en plus inquiet pour son présent et pour l’avenir de ses enfants, baliser les fondements d’une société tolérante, offrir aux Tunisiens de meilleures perspectives, encourager les investisseurs locaux et étrangers et préparer dans de bonnes conditions cette transition démocratique.
Sans démagogie ni complexe, il faut que les Tunisiens acceptent la puissance de l’argent et que les partis politiques reconnaissent le pouvoir des médias. Ces relations adultérines répondent hélas aux fantasmes impudiques et pervers mais ô combien légitimes de tout citoyen d’aspirer à la quiétude, à la prospérité et au bien-être.
Jalel JEDDI
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