
J’écoutais et je regardais tout à l’heure un débat télévisé sur Tunis 2 sur la répercussion des incidents ayant suivi le film «l’innocence des Musulmans» sur l’état de notre région et j’avais remarqué que personne n’avait remarqué que ce film était de faible facture et que son budget n’a certainement pas atteint la somme annoncée de 5 millions de $ US.
Mais je me dis que si la réalisation de ce film a été rendue possible malgré sa médiocrité, c’est à cause de la maitrise des circuits de distribution filmiques dans le monde et l’importance des capitaux consacrés à aider l’Etat d’Israël surtout aux Etats-Unis d’Amérique.
Par conséquent il a suffi d’un navet mal conçu pour provoquer un tollé général dans les pays musulmans… Et si ce résultat a été atteint c’est que les concepteurs de «l’œuvre» cinématographique ont bien calculé leur coup.
Ils se sont dit : «Au fond on n’a pas besoin d’un gros budget. On connait la faiblesse de l’instruction et le degré élevé d’émotivité de la grande majorité des Musulmans et on va les toucher là où ça fait mal sans essayer d’employer des subtilités ou des raffinements pour le faire…».
Ils savent aussi que le mécanisme adopté par les démocraties libérales ne ferait pas obstacle à la production de leur «navet» compte tenu de la sacro-sainte liberté d’expression reconnue par leurs institutions…
Sauf que la liberté appartient en Occident à celui qui parle le plus fort et sait se faire écouter…
L’un des présents Khemaies Khayati a préconisé de développer des fonds pour développer les supports filmiques et médiatiques où il y aurait une valorisation du patrimoine arabo-islamique… Grande ambition et faibles moyens !
Quelle est la part du budget culturel public dans celui global des pays arabo-islamiques pris à l’échelle individuelle ? Il ne dépasse pas 1%.
Que faisons-nous pour développer la culture même (et surtout) après le printemps arabe ? Absolument rien et même que c’est tout le contraire avec les atteintes à nos acquis culturels et leur remise en cause…
Alors qu’insidieusement des êtres malfaisants essayent de nous provoquer en inséminant des messages de haine primaires, nous tombons dans le piège et avons recours à la violence en prenant au premier degré les tests grossiers et «bon marché» que l’on nous impose.
Après le 14 janvier, au lieu de nous atteler à des problèmes socio-économiques de base, nous nous sommes occupés de problèmes marginaux en laissant des courants salafistes radicaux nous intoxiquer et nous faire perdre notre temps avec leurs faux problèmes.
Quels sont les efforts accomplis par les grands magnats arabes du pétrole comme l’Arabie Saoudite et le Qatar pour développer et promouvoir l’industrie culturelle arabo-musulmane ? Au lieu de cela, ils envoient des mercenaires en Libye et en Syrie pour accentuer le chaos !
Aux messages grotesques et débiles qui nous sont adressés comme ce torchon de série … Innommée «la série B ne lui convient même pas» comme «L’innocence des Musulmans» nous répondons par la dissociation des efforts, par l’absence de solidarité et par la recherche d’investissements «de rapport» en refusant de penser à la culture de base de l’être humain qui ne consiste pas seulement à lui donner à manger et à l’abriter, mais à former son esprit et à le réconcilier avec son passé !
Pourquoi déjà ne pas puiser rien qu’au niveau de la Tunisie dans notre patrimoine historique pour la confection d’œuvres filmiques sous forme de documentaires, de feuilletons ou de films mettant en évidence le rôle extraordinairement positif joué par nos ancêtres ? Pourquoi attendons-nous que des chaînes européennes viennent mettre en relief notre passé romain ou phénicien en recrutant les figurants sur place ?
Pourquoi au lieu de nous livrer des armes pour nous entretuer, les monarchies pétrolières ne développent-elles pas une coopération matérialisée par la levée d’une partie des fonds monumentaux dont elles disposent pour développer la culture ?
Sinon il faut dire à ces «êtres bienfaisants» que nous n’avons pas besoin de leur aide qui ne peut nous conduire à nous faire de nouveau coloniser par l’Occident dont tôt ou tard ils feront les frais car ils sont loin de s’en douter !
Bien sûr, maintenant, nous ne faisons que prêcher dans le désert contrairement aux prédicateurs omnipotents dont ils disposent…
Par Hatem Karoui, écrivain
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