Dans un reportage consacré à la hausse des droits d’inscription des étudiants extra-communautaires en France, RFI met en lumière l’inquiétude grandissante des étudiants africains, pour lesquels cette augmentation risque de transformer un projet d’études en véritable parcours du combattant.
En 2025, près de 500 000 étudiants étrangers se sont inscrits dans l’enseignement supérieur français. Mais pour les étudiants originaires de pays situés hors de l’Union européenne, les droits d’inscription différenciés atteindront près de 3 000 euros en licence et 4 000 euros en master. Une hausse particulièrement lourde pour les jeunes Africains issus de pays aux revenus modestes.
Le témoignage d’Ousmane Bah, étudiant guinéen admis en master de communication à la Sorbonne Nouvelle, illustre cette situation. Depuis juin, il multiplie les petits boulots pour tenter de réunir la somme nécessaire à son inscription. Avec environ 700 euros nets par mois pour 20 heures de travail hebdomadaire, il doit déjà financer son loyer, ses transports et ses dépenses quotidiennes. Réunir près de 4 000 euros supplémentaires lui paraît pratiquement impossible.
Pour ces étudiants, il ne s’agit donc pas d’une simple augmentation des frais universitaires. C’est leur projet d’études qui se retrouve menacé.
Des sommes considérables pour les étudiants africains
Pour un jeune venant d’un pays à faibles revenus, 4 000 euros représentent une somme considérable. Hamit Wachiallatchi, président du Collectif des étudiants extra-communautaires de France, rappelle que cette somme peut correspondre à plusieurs millions de francs CFA.
Le recours au travail étudiant ne permet pas nécessairement de résoudre le problème. Les revenus des petits emplois servent avant tout à payer le logement, l’alimentation, les transports et les dépenses courantes. Dans ces conditions, mettre de côté plusieurs milliers d’euros devient extrêmement difficile.
La hausse des droits risque ainsi d’accentuer les inégalités entre étudiants. Alors que certains peuvent compter sur un soutien familial important, d’autres dépendent presque entièrement de leurs propres revenus ou des économies de leur famille.
Quand les frais d’inscription menacent aussi le séjour en France
L’inquiétude dépasse d’ailleurs la seule question financière. Comme le souligne RFI à travers le témoignage de Christophe Mbaihodji, étudiant tchadien admis en lettres modernes à l’Université de Montpellier, l’impossibilité de payer les frais pourrait compromettre tout son parcours.
Les étudiants étrangers doivent en effet justifier de leur inscription universitaire pour renouveler leur titre de séjour. Une difficulté financière peut donc rapidement devenir un problème administratif.
Pour Christophe Mbaihodji, cette situation est source d’une profonde angoisse. Son ambition de devenir éducateur risque d’être compromise par une facture qu’il ne peut pas nécessairement assumer.
Le risque est donc celui d’un véritable cercle vicieux : sans paiement, pas d’inscription ; sans inscription, un renouvellement du titre de séjour peut devenir problématique.
Une exonération qui ne rassure pas
Le dispositif prévoit que les universités puissent exonérer jusqu’à 20 % de leurs étudiants des droits différenciés. Mais cette possibilité ne constitue pas une garantie pour les étudiants les plus fragiles. Elle dépend des décisions de chaque établissement et ne permet pas de répondre à toutes les situations.
Le Collectif des étudiants extra-communautaires de France réclame ainsi la suppression pure et simple des droits différenciés et le retour au système antérieur, afin que les étudiants soient placés sur un pied d’égalité.
Un rêve français qui devient financièrement inaccessible ?
Au-delà des 3 000 ou 4 000 euros demandés, c’est la question de l’avenir de nombreux jeunes Africains qui se pose. Pour certains, l’admission dans une université française représente l’aboutissement de plusieurs années de travail et parfois d’importants sacrifices consentis par leurs familles.
Cette hausse peut les obliger à renoncer à leur formation, à chercher une université moins coûteuse ou à se tourner vers d’autres pays. Pour les plus modestes, elle pourrait tout simplement briser un rêve construit depuis des années.
La France demeure l’une des principales destinations universitaires des étudiants africains. Mais si le coût des études devient prohibitif pour une partie de cette jeunesse, l’attractivité du système universitaire français risque d’en pâtir.
Derrière ces milliers d’euros supplémentaires se trouvent donc des étudiants comme Ousmane et Christophe, mais aussi des milliers d’autres jeunes qui ne demandent qu’une chose : la possibilité d’étudier, de réussir et de construire leur avenir sans que leur situation financière ne détermine leurs chances.

