
Quand nous avons publié le dossier des 208.898.212,362 dinars distribués par l’Agence tunisienne de communication extérieure aux médias tunisiens et étrangers, cela a attiré sur nous les foudres de certains médias et journalistes qui ne veulent apparemment pas que ces dossiers soient ouverts.
Bien que nous ayons précisé dès le départ que nous ne voulions nuire à personne et que notre objectif était de contribuer à éclaircir des vérités aux Tunisiens pour tourner cette triste page de l’histoire de notre pays, certains ne nous ont pas épargnés. Apparemment, pour nous décourager de diffuser la liste des journalistes tunisiens et étrangers corrompus qui ont été achetés par l’ATCE afin de faire la propagande de Ben Ali et de son régime.
Convaincus que seul le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) est habilité à divulguer cette liste après la fin des travaux de la commission de la «liste noire» qu’il a créé en septembre 2011 et qu’il est par la suite du ressort de la justice de la vérifier et de prouver les accusations contenues aussi dans le rapport de la Commission nationale d’investigation sur les affaires de corruption et de malversation (CICM) et d’émettre des jugements, nous avons décidé de ne pas diffuser les noms et de nous limiter à éditer les montants et la nature des services rendus par les journalistes et autres collaborateurs de cette agence.
Mais dès le départ, il faut avouer qu’il est triste de constater qu’ils sont de plus en plus nombreux ceux qui ont retourné leur veste et qui crachent maintenant dans la soupe qui les a nourris en privilèges et en avantages, grâce aux «fonds» de l’Agence Tunisienne de Communication extérieure.
Beaucoup d’entre eux ont «oublié» que l’ATCE leur a quelque peu graissé la patte grâce avec des sommes mirobolantes, avec des voyages sous des prétextes futiles ou fictifs, ou des frais imaginaires.
2.573.435 dinars de «collaborations» journalistiques
En règle générale, lorsqu’un journaliste est titulaire et qu’il est employé dans un journal, il n’a pas le droit d’avoir un double emploi, sauf s’il demande l’autorisation à son patron. Or, entre 2003 et 2011, l’ATCE a employé une cinquantaine de journalistes possédant ailleurs un poste fixe (TAP, Télévision tunisienne, Radio Nationale, ministères, presse écrite). Elle les a rémunérés pour des productions journalistiques vantant l’ancien régime ou dénonçant les islamistes, le tout pour 2.573.435 dinars en dix ans.
La palme est allée à un journaliste du défunt journal en langue arabe «Al Hourria» qui a été payé, pour ses travaux et articles ayant eu pour thème la lutte contre le terrorisme, un peu plus de 345.000 dinars… Comme quoi le terrorisme ça rapporte !
Pour les autres, les sommes varient de 271.000 et des poussières à 240 dinars. Et la liste risque de choquer plus d’un car elle comprend de nombreuses «sommités» qui se la jouent aujourd’hui révolutionnaires.
Près de 3 millions de dinars pour des traductions
L’ATCE a certes payé des journalistes pour des traductions, mais elle employait d’autres personnes pour cela : traducteurs, retraités, professeurs, fonctionnaires dans les ministères, etc. Et dire que sur un an, certains ont touché des sommes de l’ordre de 29.205 dinars, 18.380 dinars, 18.000 dinars, etc., juste pour de la traduction et quelques révisions de textes !
L’ATCE a même fait appel au service d’un… ambassadeur pour la préparation et la réalisation d’un dossier spécial pour l’administration générale. Travail qu’elle a rémunéré plus de… 37.600 dinars ! Et un imam pour la réalisation d’un projet coranique, et ce, pour un peu plus de… 7000 dinars !
Evidemment, il n’y a pas que la traduction, il y a également des travaux d’information et de renseignement… d’informatique et d’Internet !
«Visite de travail» et «Ordre de mission»
Mais le comble c’est que l’ATCE n’a pas seulement compté que sur les journalistes et les traducteurs pour servir l’image de Ben Ali et de son régime, puisque les documents que vous allez découvrir, prouvent qu’elle s’est servie aussi d’écrivains, d’avocats, de professeurs universitaires et même d’artistes dont certains n’ont pas aujourd’hui froid aux yeux de venir nous provoquer sur les plateaux de télévisions.
Outre l’argent liquide, ces serviteurs de l’ancien régime étaient intéressés par les missions et les voyages à l’étranger ou ils avaient pour mission de faire l’éloge du régime de Ben Ali. Cela variait de la «visite de travail», aux missions (ordre de mission).
Quand la mission était «réelle» et donc justifiable, l’ATCE indiquait carrément le thème. Comme pour ce professeur dont la mission, pendant cinq jours en novembre 2004, était «la participation à un forum international au sommet mondial autour de la société de l’information à Marrakech». Ses douze autres voyages avaient juste comme sujet «ordre de mission de communication». Pourtant à lui tout seul, de 2004 à 2010, les frais de voyages s’élevaient à 23.370 dinars ! Il n’a pas été le seul dont les frais ont atteint des sommets.
Et il n’est pas le seul dans ce cas, un prof adjoint d’université a profité des bonnes grâces de l’ATCE, en faisant sept voyages sur son compte (donc sur le dos du contribuable), dont un seul justifié (le forum international au sommet mondial autour de la société de l’information à Marrakech). La totalité de ses frais de voyage (dépenses importantes et voyage -l’ATCE séparait les deux) s’élevait à un peu plus de… 15.800 dinars !
Un record de 28.000 dinars
Pareillement pour un prof d’université qui a voyagé «gratuitement» pour près de 15.800 dinars également. Il y a d’autres exemples comme cette journaliste qui s’est tapée des voyages au frais de la princesse, à Marrakech, à Atlanta, à Londres, à Amman, à Washington, à Paris et à New York pour près de 16.600 dinars. Ou Comme ce journaliste étranger à qui l’ATCE a payé pour près de 14.440 dinars de frais de voyage (Ghana, Suisse, Mali, Kenya, Paris et Belgique), pour faire l’éloge du régime de Ben Ali.
Mais le record est détenu par un journaliste d’un quotidien en langue française qui a voyagé pour plus de 28.000 dinars (dépenses importantes et voyages) à travers 17 séjours : Egypte, Angleterre, Suisse, Belgique, Oman, France, Liban, Maroc, Dubaï, et Espagne, et ce, entre 2005 et 2010, et dont un seul est justifié.
Les autres «privilégiés», parmi lesquels des réalisateurs, des artistes, des avocats et autres, ont eu des avantages de l’ATCE variant de 260 dinars à plus de 7000 dinars. Le total se résume à 762.000 dinars de dépenses en voyages sur dix ans, dont plus de 95% non justifiés.
D’après ces documents, l’ATCE a ainsi gaspillé plus de 6 millions de dinars en dix ans pour «acheter» pêle-mêle certains journalistes, artistes, avocats ou professeurs universitaires qui ont acceptés de faire la propagande du régime de Ben Ali…
Vous pouvez télécharger des sélections des listes détaillées des collaborateurs pris en charge par l’ATCE, des services rendus et des montants perçus, cliquez ici.
Charm Atta
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