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Faire de la politique dans la Tunisie postrévolutionnaire

12 juillet 2011
in Politique
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Faire de la politique en Tunisie aujourd’hui est tout un défi pour la jeunesse qui manque de référence et pour les générations de politisées qui ont vu,

connu et exercé un certain type de politique qui ne semble plus être à la page.

Le vide politique :

Par vide nous entendons le manque de référence donc de connaissance tacite de l’exercice de la politique. Il n y avait de politique pendant le dernier demi-siècle. Depuis à  la tentative d’assassinat de Bourguiba qui était le prétexte de l’interdiction des partis politiques suite au massacre de yousséfiste la politique a été bel est bien assassiné  et enterré. La culture politique héritée de cette ère ancienne n’est qu’un éternel recommencement du cycle : Expression de résistance à Répression à Crise à pseudo ouverture.

Agir sur le réel pour servir l’intérêt commun et participer à fructifier le bien public qui sont le propre de l’action politique sont de venu le privilège de la dictature qui ne fait de se servir elle-même en augmentant et renforçant la servilité du peuple au lieu de le servir. Et c’est bien contre cette pratique de la politique que le peuple s’est révolté.

De la politique discursive à la politique active :

Plusieurs personnes occupant l’espace médiatique se prennent pour les politiciens alors qu’ils n’ont exercé que du militantisme au sein des syndicats et des groupuscules idéologisés et politisés lors de leur passage par la vie universitaire. Ils ont continué par la suite dans le champ professionnel chacun à sa façon. Alors peut-on considérer politiciens ces gens qui n’ont fait la politique qu’à travers les discours idéologiques enflammés et si c’est le cas sont-ils les bons politiciens dont nous avons besoin? Je pense sincèrement que non. La politique n’est pas une affaire de discours bien qu’articuler un discours cohérent témoigne d’une pensée structurée et cohérente. Mais ce qui est recherché aujourd’hui c’est plus la cohérence entre la parole et l’acte politique partant du précepte que l’Homme est ce qu’il fait et non ce qu’il dit.

Le nécessaire engagement d’une nouvelle élite :

L’élite politisée des années 70 et 80 est trop imprégnée de son passé. Elle a développé des réflexes de batailles et de combats, de résistance et d’opposition systématique. Sa vision machiavélique de la politique comme jeu d’influence auprès du Prince ou à son encontre ne me semble pas être celle dont le pays a besoin suite à Sa Révolution. Un lourd héritage de guerre de concepts et d’idéologie, une allergie épidermique à la différence, une monopolisation de la vérité l’empêchent de jouer un rôle positif. Bref, nous avons besoin d’une nouvelle élite issue du peuple et qui sert seulement les intérêts du peuple avec une nouvelle culture d’exercice du pouvoir.

S’intéresser à la chose publique, avoir des idées et des projets de changement sont des conditions nécessaires, mais non suffisantes. Il faut avoir en plus la capacité d’entendre, comprendre et décoder les attentes des différentes populations à servir, mais surtout AGIR. La politique n’est qu’action, mesure d’impact, réajustement. La réflexion en politique doit se marier à l’action et danser le tango avec. La dialectique entre l’action et la réflexion est le garant d’une flexibilité tant attendu de la classe politique.

Que les jeunes et moins jeunes qui envisagent passer à l’action et adhérer à des mouvements et partis politiques ne soit pas intimidés par les vieux loups. Ceux dont la prétention et plus grande que les réalisations. Le salut passera par cette nouvelle génération de personnes intéressée à la vie publique et à servir le bien commun sans calculs ni malice. Ils sont libres des réflexes ô combien dommageables, celles de la logique du gain et de la perte, du positionnement et de l’opportunisme politique « what’s in it for me? ».

L’éthique dans l’action politique :

Le plus grand défit de l’ère post révolutionnaire et de rendre à la politique ses lettres de noblesse, la démystifier et la rendre accessible à tous. Le propre de la dictature est de s’accaparer l’espace public et priver les autres de son accès. L’éthique doit guider l’action politique comme elle guide toute autre action humaine. Pour certains, le champ de l’action politique est assimilé à celui des batailles et des guerres, de ce fait il est « légitime » de la soustraire à la règle éthique. Grosse erreur.

L’action politique doit être celle qui se soumet le plus rigoureusement aux règles de l’éthique, car elle touche au bien public qui a le plus d’impact sur le quotidien de tous sans exception. D’ailleurs, le principe démocratique d’alternance sur les responsabilités officielles est guider une double règle éthique : 1- laisser la chance aux autres d’accéder, car s’en accaparer même de façon légitime et non éthique 2- avec la durée l’éthique se relâche et il faut renouveler les personnes pour garantir le raffermissement des règles.

Une chance à saisir:

Le printemps arabe, la révolution tunisienne en premier, est une chance inouïe pour échapper au suicide civilisationnel auquel nous amenaient  les dictatures arabes. Ces dictatures qui nous n’ont pas épargné le dévoilement de leur visage immoral. La même chance se présente dans le fondement d’un acte politique nouveau et d’une démocratie qui dépasserait les aspects négatifs des démocraties occidentales dominantes. Les Arabes ne seront respectés de nouveau aux yeux du monde que s’ils réussissent à intégrer de nouveau le cycle de la civilisation en donnant à l’humanité une nouvelle pratique politique. Ceci ne dépendra pas de la richesse et de la pauvreté, du développement et sous développement, de la croissance ou dépression économique, mais d’une révolution dans la culture de l’exercice pour pouvoir.

Par Karim Samaali
écrit le 10-07-2011

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