Fragilisée et sous pression : La classe moyenne tire le diable par la queue

Fragilisée et sous pression : La classe moyenne tire le diable par la queue

Alerte lancée ces derniers jours par l’Association des économistes tunisiens, par la voie de son analyste Fatma Mabrouk : la péremptoire résilience de la classe sociale risque de se mouvoir en vulnérabilité !

Socle historique, levier incontournable et stabilisateur du progrès social, la classe moyenne est aujourd’hui mal partie. Elle risque de perdre son pouvoir de nivellement par le haut et, au bout, c’est le spectre du déclassement qui se profile à l’horizon. Le paradigme classique des strates socioéconomiques s’essouffle à la faveur des chocs à répétition générant une sournoise descente aux enfers.

Ces chocs sont à teneurs économique sociale et environnementale. Ils sont aussi induits par des phénomènes exogènes dans toute leur complexité et leurs répercussions socioéconomiques.

Intra-muros, cependant, la classe moyenne, socle fondamental du contrat social et sur lequel l’Etat bâtit ses certitudes et ses équilibres, subit de plein fouet les tensions inflationnistes, la hausse des coûts à la consommation et une pression fiscale fragilisant les ménages. L’accès aux services de santé et d’éducation devient par ailleurs problématique générant un surendettement chronique des ménages.

En filigrane, l’enjeu consiste en le risque de repli de la consommation.  Pourtant, les chiffres de l’INS (ceux de 2022 et non encore actualisés) font état d’une progression des dépenses de consommation atteignant les 106236,80 millions de dinars. Oui, mais c’était bien en 2022 : qu’en est-il de 2026 ?

Le plan de développement quinquennal 2025/2030, prévoit, entre autres, tout un plan de revalorisation sociale (l’Etat social) par une pratique ascendante :  locale, régionale, impliquant les districts, et finalement nationale. Cela signifie, par la voie de la décentralisation, le rapprochement des classes pauvres de la classe moyenne. Un nivellement par le haut en somme, et dans ce mécanisme, la classe moyenne reste la dynamo incontournable.

Et, alors, il serait primordial de cultiver la résilience et, surtout, de concevoir un plan de redressement structurant.

Les pistes à explorer sont multiples, du moins d’après la note spécifiée plus haut.

Aujourd’hui, il s’agit de mettre en place un dispositif intégré par le biais d’une protection sociale ayant actuellement tendance à se diluer dans le temps et dans l’espace. Cela passe aussi par la réforme des caisses sociales. Il faut aussi sécuriser l’emploi (la réforme du code du travail et le bannissement de la précarité marquent une avancée qui doit cependant mieux se concrétiser). Cela débouche le plus normalement du monde sur « la formalisation » de la tentaculaire sphère informelle. Diversifier les sources de revenus, mieux concevoir l’auto-entrepreneuriat (encore que les pesanteurs bureaucratiques   soient allégées !) et, pour finir (toujours d’après la note) maximiser la migration circulaire et les apports de la diaspora à l’économie tunisienne.

Ce socle intermédiaire entre riches et pauvres revient finalement dans l’air du temps. Et pas qu’en Tunisie. Parce qu’actuellement, c’est le sujet qui taraude le plus les décideurs de par le monde.

La classe moyenne assimilée à tort dans l’imaginaire collectif à la « petite bourgeoisie » doit absolument être anoblie. Parce qu’en plus, un certain Marx l’a pulvérisée dans sa machine de « dictature du prolétariat ». Elle ne saurait être confondue dans une fallacieuse lutte des classes. C’est révolu et c’est même un combat d’arrière-garde.

Maintenant, pour nous, il s’agit de consolider un pilier stabilisateur du contrat social. Notre roman des origines.

Raouf Khalsi

  

 

 

Votre commentaire