
Adulé par ses partisans, vénéré par ses fidèles, courtisé par les opportunistes, critiqué par ses adversaires, haï et détesté par ses ennemis, Rached Gannouchi est incontestablement le personnage le plus controversé de la nouvelle scène politique tunisienne.
Depuis son retour en grande pompe après 20 années d’exil, c’est l’homme politique qui suscite le plus de polémiques, fait l’objet d’autant de louanges que de critiques acerbes et fait couler beaucoup d’encre.
Figure de la confrérie des Frères musulmans, auteur de plusieurs ouvrages, diabolisé par l’ancien régime et longtemps présenté comme une menace pour la sécurité du pays, il est accueilli comme une victime de la vindicte de Ben Ali par ses fidèles, comme un messie par ses partisans, comme un danger pour ses opposants et comme une énigme pour un peuple qui ne le connait pas.
On scrute ses moindres faits et gestes et ses déclarations sont passées au peigne fin pour deviner les trajectoires du pays, les positions de son parti, la réaction de l’opposition et la température de la rue et l’histoire retiendra ses discours apaisants pendant la période transitoire, ses éloges et ses remerciement pour Essebsi quant à son rôle déterminant pendant la période transitoire, son intervention pour débloquer la situation lors de la discussion de l’article premier de la constitution, ses vidéos avec les salafistes et les polémiques qui s’ensuivirent , sa position vis-à-vis des ligues de protection de la Révolution et voila qu’aujourd’hui l’issue politique du pays et la paix civile d’un peuple est suspendu à son soutien ou à son refus de l’initiative de Jebali de recourir à un gouvernement de compétences nationales.
Pris en tenailles entre son passé politique, son endoctrinement idéologique, son engagement avec son parti, l’intérêt de la Patrie et la spécificité du tissu social Tunisien, ses rapports avec sa base et le reste du peuple restent imprégnés d’assurance ,de renouveau idéologique ,de confusion, de crainte, de peur et de méfiance.
Son influence politique et ses alliances lui ont valu la réputation de Président de l’Ombre et ont fait que la Tunisie devienne un laboratoire politique où le conservatisme religieux incarné par l’aile radicale d’Ennahda côtoie le syndicalisme et le progressisme d’Ettakatol et où le populisme du CPR côtoie le courant réformiste et moderniste de son parti.
En appuyant l’initiative de Jebali pour sortir de cette profonde crise et en se rangeant du côté des patriotes, Gannouchi se révélera comme l’homme du consensus et de la concorde privilégiant l’intérêt suprême de la nation au détriment de son engagement partisan et se positionnera comme étant le fédérateur et l’unificateur plus préoccupé par les aspirations de tout un peuple que des aspirations de ses propres partisans.
Jalel Jeddi
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