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Ghannouchi: « Depuis quand l’armée doit-elle arbitrer ? C’est la loi de la force… »

5 juillet 2013
in Interviews
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Isabelle Mandraud, a réalisé une interview de Rached Ghannouchi, président du mouvement islamiste Ennahdha, pour le compte du Quotidien français Le Monde. Cette interview vient en marge des événements survenus en Egypte qui ont conduit à la destitution de Mohamed Morsi par l’armée mais aussi de la visite de François Hollande, la première visite d’un Président français depuis la chute de Ben Ali.

Quelle est votre réaction sur la destitution du président égyptien Mohamed Morsi par l’armée ?

C’est un moment de recul. Mais nous pensons que c’est juste un arrêt et que la rencontre entre l’islam et la démocratie reprendra son cours. Le temps de Nasser, comme celui de Moubarak, est passé, malgré la nostalgie de certains.

Ce coup d’Etat envoie des signaux négatifs et encourage les groupes extrémistes. Des millions d’Egyptiens sont cependant descendus dans la rue avant l’intervention de l’armée…

Oui, il y avait une foule massive, mais en face, d’autres places que celle de Tahrir ont été investies avec autant de monde, il y avait une rue contre une autre rue et tout cela a été tranché non par les urnes, mais par un général qui a sifflé la fin du match. Depuis quand l’armée doit-elle arbitrer ? Certes, il y a des difficultés sociales, comme il en existe en Tunisie ou dans les banlieues françaises, mais cela ne suffit pas à légitimer un coup d’Etat.

Ces problèmes ont été instrumentalisés. Tout cela a été préparé. On a même vu des listes toutes prêtes d’arrestations et un scénario déjà établi avec la nomination, en dehors d’un cadre légal, du président du Conseil constitutionnel, alors que la seule condition, normalement, pour ce cas de figure, était le décès du raïs. La Constitution a été suspendue, des médias fermés. C’est la loi de la force. C’est un échec de toute l’élite égyptienne.

Les Frères musulmans au pouvoir n’ont-ils pas commis beaucoup d’erreurs ?

C’est possible, mais cela ne justifie pas le coup d’Etat. Il y a deux semaines, j’étais en Egypte où j’ai rencontré l’opposition représentée par Hamdine Sabahi . Il demandait des réformes politiques, le remplacement du chef du gouvernement et de plusieurs ministres. J’ai transmis ces revendications. C’est ce que nous avons nous-mêmes fait en Tunisie en nommant des technocrates à la tête des ministères régaliens pour garantir le consensus national. J’ai pensé que cela était possible aussi en Egypte, mais les Frères musulmans n’ont pas accepté ces demandes.

Craignez-vous une contagion en Tunisie ?

Certains Tunisiens pensent qu’il y a des similitudes, mais nous sommes face à deux cas complètement différents. Nous avons d’un côté une armée qui a tous les pouvoirs depuis soixante ans et qui cherche à les récupérer, et de l’autre, en Tunisie, une armée professionnelle qui n’a jamais fait de politique. Nous avons cédé sur l’inscription de la charia dans la future Constitution, nous avons accepté un régime mixte mi-parlementaire, mi-présidentiel. Nous vivons une démocratie consensuelle et non de majorité.

Ce qui s’est passé en Egypte montre que nous avons eu raison, cela va même nous permettre d’élargir le consensus et de convaincre des extrémistes et les courants plus radicaux chez Ennahda de suivre cette stratégie que je conduis.

Comment accueillez-vous la visite, aujourd’hui, de François Hollande en Tunisie, la première d’un président Français depuis la révolution ?

Cette visite représente une nouvelle page et bannit toutes les idées qui ont circulé comme quoi l’arrivée au pouvoir d’islamistes allait balayer les relations franco-tunisiennes. Depuis un an et demi, ces relations n’ont pas été rompues. Elles ont été, au contraire, développées. Le fait que François Hollande ait appelé au retour aux urnes le plus rapidement possible en Egypte est une position équilibrée que nous partageons.

l’intégralité de l’interview: http://www.lemonde.fr/international/article/2013/07/05/rached-ghannouchi-depuis-quand-l-armee-doit-elle-arbitrer_3442954_3210.html

LeMonde.fr

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