Guerre au Moyen-Orient et envolée du pétrole: Résilience et atouts de la Tunisie pour résorber le choc

Depuis 1973 et le grand rugissement de l’OPEP, le pétrole est devenu un enjeu et une arme de guerre. Les conséquences en sont le plus ressenties par les pays peu dotés de ressources énergétiques, comme le nôtre. Un pays qui est, quand même, en train de restructurer son économie et qui a refusé de se plier au diktat de l’étranger et des institutions monétaires internationales comme le FMI.
Le maitre –mot, c’est le compter sur soi, en définitive. Dans ce cas, gouverner revient à anticiper, à prévoir, à établir des scénarii face aux chocs exogènes et à en amortir la violence.
Jusque-là, les pouvoirs publics ne se sont pas encore exprimés sur la situation. On peut néanmoins supposer qu’ils se penchent sérieusement sur cette problématique. En revanche, des économistes de renom décortiquent la situation, peaufinent des cas de figure, comme l’a fait Ridha Chkoundali (vendredi) au micro de Hatem Ben Amara sur Jawhara fm. Tous les médias l’ont répercuté. C’est en effet intéressant, mais il y a à boire et à manger.
Dans une première phase, au déclenchement de la guerre, le baril a atteint les 84, 5 dollars, soit une hausse de 20%. Il se trouve cependant que l’hypothèse retenue dans la loi de finances 2026 table sur le baril à 63, 3 dollars. On sait que chaque dollar de plus plombe le budget de l’Etat de 160 millions de dinars supplémentaires et qu’une hausse de 10 dollars génère entre 0,3 et 0,5 point d’inflation. C’est une règle.
Le baril dans les limites de 84,5 dollars, entraine l’alourdissement du budget de l’Etat, mais contenu entre 1,6 et 3 milliards de dinars, tandis que l’inflation connait une recrudescence entre 0,3 et 0,6 point.
Dans ce cas de figure, l’économie tunisienne est capable d’amortir le choc. Sauf que (et c’est là le hic), l’Etat, selon Chkoundali, devrait revoir ses projections sociales à la baisse. A savoir, choisir entre les augmentations salariales prévues et les recrutements dans la fonction publique, prévus eux aussi et englobant 53 mille nouveaux agents.
Cela irait néanmoins ( Chkoudali l’a oublié) à contre-courant des projections présidentielles vers la construction de l’Etat social : ligne rouge.
Maintenant, puisque nous sommes dans les fluctuations des hypothèses, on peut même ne pas exclure l’éventualité d’un baril qui dépasse les 100 dollars, puisqu’il a grimpé (vendredi) à hauteur de 92,69. Le Qatar a même annoncé que si la guerre perdure et que si le Détroit d’Ormuz venait à être fermé par l’Iran, le baril atteindrait les 150 dollars. Dans ce cas, les conséquences directes, selon Ridha Chkoundali, génèreraient un surcroît budgétaire entre 4 et 6 milliards de dinars et une inflation qui se situerait entre 0,7 et 1 point. Et alors, (selon lui) on reporterait tout à plus tard : augmentations salariales, recrutements et, même, les dépenses de développement estimées dans la loi de finances 2026 à 6,5 milliards de dinars.
Le troisième scénario consisterait en une crise mondiale pétrolière comme en 1973. Conséquence directe : le déficit budgétaire grimperait à hauteur de 9 milliards de dinars avec une hausse de l’inflation de l’ordre de 1,7 point. Là, la Tunisie opterait pour une économie d’austérité et, inévitablement, pour une loi de finances complémentaire. Et cela ne se répercute pas uniquement sur la Tunisie, puisque des pays huppés, comme la France et l’Allemagne, se préparent d’ores et déjà à une déflagration mondiale qui prendrait des proportions apocalyptiques.
Il n’empêche : la Tunisie a les moyens d’amortir ce choc exogène.
Nous avons d’abord un atout de premier ordre : le phosphate. C’est que tout un plan est mis en place par l’Etat pour une production optimale de l’ordre de 8 millions de tonnes par an. Il s’agit de sécuriser l’environnement de la production et de ne plus retomber dans les travers qui en ont ralenti le rythme de production.
Il s’agit ensuite de « libérer » les permis de forage du pétrole (pas à la manière de Youssef Chahed), d’autant plus que les firmes rechercheraient maintenant de migrer vers des sites économiquement, politiquement et socialement stables comme la Tunisie. C’est-à-dire aussi, loin des zones de tensions.
Un autre atout non négligeable : EL MED, soit cette interconnexion électrique sous-marine entre la Tunisie et l’Italie, qui génèrera de grands bénéfices en devises pour la Tunisie. Dans le même ordre d’idées, un coup d’accélérateur stimulerait encore davantage les énergies renouvelables, puisque nous avons du soleil à revendre.
Et puis, l’apport précieux des TRE. C’est un pilier majeur de l’économie tunisienne du fait qu’il représente 6,5 % du PIB et couvre près de 30% des réserves en devises. Quant au tourisme, l’option des 10 millions de visiteurs est parfaitement réalisable.
Il ne faut pas non plus oublier la tendance à la prudence de la BCT à travers son dernier bulletin et jugée « excessive » par des analystes. Au vu de cet embrasement mondial, cette prudence s’avère opportune. Les atouts de la Tunisie pour faire face à une déflagration mondiale sont, en définitive, bien réels.
Quant aux enjeux géostratégiques, on attendra tout en espérant un retour à la raison. En attendant, méditons cette phrase de Kennedy : « L’humanité doit mettre fin à la guerre, sinon la guerre mettra fin à l’humanité ».
Raouf Khalsi
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