Le 26 octobre 2026, l’Institut arabe des chefs d’entreprise (IACE) a consacré la 9ᵉ édition du Tunis Forum à la géopolitique de l’énergie. Les échanges ont porté sur les tensions internationales, la sécurité d’approvisionnement et la transition énergétique. Ils ont également mis en lumière la vulnérabilité de la Tunisie, qui dépend fortement du gaz naturel algérien pour sa production d’électricité.
L’IACE a réuni, le 26 octobre 2026, des membres du gouvernement, des hauts responsables de l’administration tunisienne, des experts du secteur énergétique, des représentants de la société civile et des journalistes. Cette neuvième édition du Tunis Forum a placé la Tunisie face aux mutations de la géopolitique mondiale de l’énergie.
À l’ouverture, Amine Ben Ayed, président de l’IACE, a souligné l’importance des choix stratégiques pour l’avenir énergétique du pays. Il a notamment évoqué les marges de manœuvre dont dispose la Tunisie dans un contexte marqué par les tensions internationales et la reconfiguration des flux énergétiques.
Nidhal Ouerfelli, ancien ministre et directeur des partenariats stratégiques à la Commission de l’énergie atomique et des énergies alternatives, a ensuite analysé les évolutions du marché mondial, notamment celui du gaz naturel.
Un marché du gaz exposé aux tensions internationales
Selon Nidhal Ouerfelli, les prix du gaz ont fortement fluctué au rythme de la guerre entre la Russie et l’Ukraine ainsi que des annonces diplomatiques de Donald Trump. Il a rappelé que le prix évoqué lors de son intervention était passé de 40 à 50 dollars, avant d’atteindre 87 dollars sous l’effet des hostilités. Il estime que ces niveaux pourraient se maintenir jusqu’à la fin de 2026.
Parallèlement, le marché pétrolier retrouve presque ses volumes d’avant-guerre. En revanche, le gaz naturel liquéfié (GNL) reste plus vulnérable. La baisse de la production, les limites des capacités de raffinage et les difficultés de transport liées aux tensions dans le détroit d’Ormuz compliquent la situation.
Les États-Unis figurent parmi les grands bénéficiaires de cette crise énergétique. Grâce aux techniques d’exploitation du pétrole et du gaz non conventionnels, ils occupent désormais une place majeure parmi les producteurs et exportateurs mondiaux de ces ressources.
La Méditerranée, un carrefour énergétique stratégique
La Méditerranée occupe une place centrale dans les équilibres énergétiques mondiaux. Selon Nidhal Ouerfelli, elle représente à la fois un espace de coopération et de compétition entre les pays riverains.
Dans ce contexte, la Tunisie bénéficie d’une position géostratégique importante. Située au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, elle se trouve au croisement de plusieurs interconnexions gazières et électriques.
Toutefois, cette position ne suffit pas à protéger le pays contre les tensions extérieures. La dépendance aux importations et la dégradation de l’indépendance énergétique accentuent sa vulnérabilité.
Une forte dépendance au gaz algérien
La Tunisie dépend largement du gaz naturel algérien pour couvrir ses besoins énergétiques. Les achats directs et la redevance perçue en contrepartie du transit du gaz vers l’Europe couvrent entre 65 % et 70 % de la consommation nationale de gaz.
Cette dépendance pèse également sur la production électrique. En effet, près de 98 % de l’électricité tunisienne repose sur le gaz naturel, selon les données présentées dans le cadre du forum.
Par ailleurs, le taux d’indépendance énergétique continue de reculer. Cette évolution traduit la difficulté croissante du pays à sécuriser durablement son approvisionnement.
Dans ce contexte, le transit du gaz algérien vers l’Europe par le gazoduc constitue le principal levier géostratégique de la Tunisie. Le pays doit donc valoriser cette position tout en renforçant sa sécurité énergétique et en accélérant sa transition vers des sources d’énergie diversifiées.

