
Chaque soir, je m’endors le plus tard possible comme pour ne pas rater ma nuit comme un enfant ou un ado. La nuit, c’ est le refuge fantasmagorique
des rêveurs des amoureux des anxieux et des poètes. Khayam n’avait- il pas dit à sa compagne qu’elle n’allongeait ni raccourcissait une vie l’invitant à quitter sa couche et venir avec lui compter un ciel étoilé.
Chaque jour que Dieu fait, je me le lève le plus tôt possible comme pour pas rater le départ non plus ! Je suis à chaque instant dans cet appétit avide de la vie et jamais dans la désespérance des humains.
J’aimerai encore la surprendre la vie dans ce câlin dans ce smack ou ce baiser passionné chez ces amoureux qui se becquètent sur la belle côte de Gammarth à longueur de journée. L’heure est plus à la magie de l’acte béni qu’à l’impudeur du geste que certains aimeraient dénoncer. Ils sont dans leurs affaires, je salue en silence et je passe dans un sourire entendu.
J’aimerai la surprendre encore chez ces mémés qui drapées de tonnes d’habits s’entremêlent timides dans leurs affaires pour tremper dans ma grande bleue et rafler un peu de soleil ou de l’iode que sais-je pour leurs jambes arthrosées. Un délicieux sourire réconcilié avec les années sur une bouche trouée.
J’aimerai encore la surprendre sur la plage là par ce matin frisquet que le soleil oublie encore de réchauffer. Sa couche reste froide, son sable mouillé comme par une nuit d’abandon mais pas pour très longtemps, je vois des baigneurs matinaux arriver.
J’aimerai encore la surprendre chez ce grand alcolo ou ce clodo, mon voisin de quartier qui dans sa langue de bois a perdu son autre langue de poète. Celle de la nuit où il n’arrêtait pas de nous chanter enivré encore à la khayam des vers pour sa dulcinée !
J’aimerai encore la surprendre chez ses enfants qui jouent sur le sable en feu hurlent crient puis oublient se remettent encore à rire et à jouer. Comme c’est beau le rire d’un enfant, un délice aux confins du sucré, une fossette de Dieu !
J’aimerai encore la surprendre dans ces files de nos ménagères à la tahouna ou chez le meunier du coin dans une hâte folle pour les préparatifs du mois saint. Chaque année et chaque saison, elles répèteront ne jamais y arriver à temps et chaque année, elles y arriveront ! J’avale ravigorée ces senteurs de tébel, de bssissa et d’autres saveurs épicées.
J’aime ce linge blanc fièrement étalé immaculé de ces petits carré bleus « zina » ,lavande et autres secrets que seuls détiennent les femmes de mon si beau pays.
J’aime aussi cette odeur du « jawi et du bkhour ». J’aime croire aux mauvais oeil, faire traîner ma main dans le dos de mes enfants en khomsa : en cinq et jeudi quoi oui moi le médecin à la con mais bon amoureuse et fidèle aux croyances de mon enfance solidaire oui solidaire viscéralement à mes femmes et leurs traditions.
Je vois les rires moqueurs et je m’en tape car c’est dans ces odeurs que j’ai baigné dans les pattes du sefsari de mes femmes adorées et de bien d’autres secrets!
J’aime m’étendre les yeux fermés pour happer ces instants magiques où les hommes les femmes s’accordent se confondent sans hargne ni violence pour un même combat, une juste cause.
Je garde en horreur ces luttes intestinales où les épées se croisent, les fois se taisent et il n’est plus question que de jargons de propos violents de discrimination et plus jamais de paix.
Le bonheur, il suffit d’un rien pour le défigurer !
Tôt ce matin, j’ai choisi le plus beau de mes rêves.
Je l’ai accroché sur la face de ce monde pas encore réveillé.
Je marche lentement mais à pas surs.
Un vent de sable souffle mes volontés.
Je m’accroche au creux de mes passions .
Je me fais plate apaisée à bas bruit .Un canevas sur de la soie.
Place au rire et à la joie.
Je sais bien rire moi aussi et cela me va !
C’est juste qu’ils me l’ont volé.
Depuis la révolution, je me suis promise de ne plus les laisser.
Je chasse les fuites les éructations pour pas déranger et casser le charme de cette journée.
Alors Humains, il est temps de vous lever !
Par Lilia BOU
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