
En tant que République, la Tunisie nous oblige à nous soumettre à ses lois. Alors pourquoi cette haine croissante qui s’installe dans les regards ? Pourtant il s’agit bien là d’une atteinte à l’individu.
Être « Islamiste » devient synonyme de rétrograde. Être « Salafiste » devient synonyme de terroriste. Être « Laïc » devient synonyme de mécréant. Être « femme » devient synonyme de « awra « … Voilà des qualificatifs qui ont pris la forme d’insultes, d’accusations, de raisons pour se massacrer psychologiquement, voire matériellement.
Il est temps pour nous de nous « dévoiler » ce nouvel esprit de répulsion et de répugnance, car, qu’on le veuille ou non, nous sommes tous là ! Nous existons ensemble dans un même pays qui nous unit!
Il est temps que les Tunisiens cessent de s’entredéchirer dans les rues au nom de la politique. Des rues où l’on croise son frère, son voisin de palier, son camarade d’école, son boulanger, son médecin… dans le bus, assis côte à côte, dans les parcs où nos enfants jouent ensemble, dans les crèches où ils mangent et font la sieste ensemble …
Depuis la révolution, la Tunisie a ouvert ses portes aux prédicateurs dont l’afflux ne cesse de s’amplifier. Selon certains, le peuple tunisien voudrait voir de réelles réformes économiques et sociales dont notamment de vraies solutions au chômage, à la pauvreté et au pouvoir d’achat qui se détériore.
Certaines personnalités « laïques » ont qualifié ce phénomène d’anesthésiant et de tensions socioculturelles en Tunisie. Alors que pour les fidèles surexcités de ces prédicateurs, l’organisation de ces prêches tant attendus est un droit. On les voit se bousculer par dizaines de milliers pour assister aux conférences tenues ou qui vont se tenir à travers tout le pays…
Si l’on veut sortir de ce culte de l’intolérance, véritable cyanure étrangement distillée dans notre société, nos partis politiques, nos médias et la société civile en général, doivent passer à l’idée de respect en essayant de réorienter notre conception de la tolérance. C’est-à-dire cesser de combattre ce qu’on ne peut changer: l’hétérogénéité des cultures, les convictions religieuses et la pluralité des idées…
Ont bien tort ceux qui croient en la détention de la vérité en brimant les autres car comme le disait Kant, « la croyance est une affaire de liberté et non une affaire d’autorité »
La vie en société nous impose bien de faire avec les particularités de chacun : tolérer les goûts et les dégoûts des uns, les rêves ou les idées des autres. La diversité d’idées n’a jamais été un problème tant qu’elle ne tombe pas dans le fanatisme ou l’excès.
Il est de notre devoir de combattre l’extrémisme et l’intégrisme dans tous les sens et d’accepter une pratique paisible de l’islam. Non un Islam qui dégoûte, choque, horrifie ou qui déshonore la femme.
La diversité doit être l’expression à la fois de la liberté et de la culture, c’est-à-dire acceptée et respectée tant qu’elle ne constitue pas une atteinte à la morale universelle…
Abdelhamid Ferchichi
Discussion about this post