
A constater le paysage politique actuel, il apparait clairement que le florilège de partis créés au lendemain de la révolution ne reflète pas la typologie de la société tunisienne avec ses contradictions et ses convictions.
Nourris par un élan de démocratie débordante pour les uns, alléchés par la notoriété et les perspectives politiques pour d’autres, plusieurs partis ont fermé boutique et le pluralisme politique n’a pas survécu aux tiraillements idéologiques qui divisent la société tunisienne entre Islamistes et Démocrates.
La rivalité politique est transposée désormais sur le modèle sociétal à adopter et 3 clans se disputent le pouvoir sur fond d’hostilité, de divergences idéologiques et d’accusations réciproques. Les Islamistes et leurs alliés CPR et Salafistes qui revendiquent le monopole de la Religion et de la souffrance pour certains , les Démocrates qui regroupent les Déstouriens, une partie des socialistes et la société civile , en vrais militants des droits de l’homme et des acquis de la modernité tentent de faire front et d’êtres les remparts contre le conservatisme et le séparatisme qui guettent le pays et enfin la 3 ème voie représentée par le Front de Gauche et ses composantes et connues par leur refus de la domestication au nom de la religion et d’êtres les frondeurs et les éternels réfractaires.
Fondé dans lignée de la mouvance des Frères Musulmans, le MIT rebaptisé Ennahda n’a jamais caché son objectif suprême d’instaurer un Etat Islamique. En s’appuyant sur la dimension spirituelle et émotive de leurs discours, ses leaders se pavanent de la stature de victimes de la Dictature et d’exilés pour justifier la légitimité de la compassion populaire. Ils martèlent l’idée selon laquelle seule la religion pourrait résoudre les problèmes sociaux.
Ce faisant, le mouvement dépasse la frontière politique et tire ainsi sa légitimité de son monopole de l’Islam , de la piété affichée et de la souffrance vécue. Son programme et ses visions se limitent ainsi à ce que le respect de la parole de Dieu et l’application de la Chariaa soient les seuls recours et les meilleures solutions aux maux que vivent et que traversent les peuples et toute opposition ne sera pas politique ou idéologique mais une opposition à la croyance et aux valeurs de l’Islam.
Attachés aux valeurs progressistes, aux acquis de la Tunisie en matière d’éducation, de santé et de droits de la femme, à l’acceptation des fondamentaux de la Démocratie, le camp des Démocrates s’est constitué sur les décombres de feu Parti Destourien et d’autres composantes réformatrices et sa soudaine popularité est nourrie par l’impopularité d’Ennahda dont les discours sont plus religieux et séparatistes que politiques et unificateurs.
Un mouvement qui se positionne comme un rempart contre l’hégémonie du parti Islamiste et ses filiales qui balisent le chemin de la nouvelle dictature des groupuscules violents et sanguinaires et à un nouvel ordre moral autoritaire.
Hétérogènes et venus d’horizons différents, ces partis tirent leurs légitimités du charisme et du militantisme reconnu et salué de leurs leaders emblématiques pendant la dictature.
Réfutant le populisme et la démagogie de ses adversaires, le camp des démocrates apporte les solutions concrètes aux vraies préoccupations des tunisiens et fort de sa visibilité, de ses relais médiatiques et de sa représentativité au sein de la société civile, il revendique sa position d’unique alternative à une iranisation de la société tunisienne avec ses guides spirituels, ses milices religieuses et son conservatisme social.
La 3 ème Voie comme certains l’aiment à la qualifier, est représentée par le Front de Gauche, qui s’évertue à défendre les valeurs républicaines et qui même si numériquement minoritaires, ils imposent par le pragmatisme de leur traitement des problèmes politiques, économiques et sociaux des tunisiens. Un Front qui s’appuie sur l’aura de son leader feu Chokri Belaid et qui arrive à attirer de plus en plus de sympathisants même parmi la bourgeoisie tunisienne et les professions libérales. Une 3 ème voie même, si elle n’aspire pas au pouvoir, elle revendique sa place de force de proposition, de partenaire et d’alliée stratégique du mouvement démocrate.
Ainsi le paysage politique épouse parfaitement la mouvance idéologique de la société tunisienne dans laquelle l’électeur citoyen ne se reconnait plus dans un programme ou des idées stratégiques pour le pays mais se reconnait dans un mode sociétal et de gouvernance basé soit sur des fondements d’ordre public tenant de la modernité, de l’alternance et de l’acceptation de l’autre soit sur les valeurs d’ordre privé tenant à la croyance religieuse , à la spiritualité et à la catégorisation des citoyens.
Jalel JEDDI
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