A l’heure où l’Espagne donne une leçon de courage et de réalisme au monde entier en lançant un vaste plan gouvernemental de régularisation de sans papiers, sur les deux côtés de l’Atlantique les expulsions et la haine contre les étrangers s’intensifient. Le durcissement de l’approche envers l’immigration clandestine se répand en Europe et aux États-Unis, à mesure que l’extrême droite gagne du terrain.
Tout récemment, en décembre dernier, les États membres de l’Union européenne ont approuvé des mesures migratoires plus sévères qui permettraient d’expulser les demandeurs d’asile déboutés vers des « centres de retour » ou vers des pays avec lesquels ils n’ont aucun lien.
En France plus particulièrement, les chiffres montrent une augmentation du nombre d’expulsions, parallèlement à une diminution du nombre de migrants sans papiers parvenant à bénéficier d’un accès légal au marché du travail.
Pourtant, nul n’ignore le rôle significatif que les migrants jouent en France et la place qu’ils occupent dans le développement de l’économie. Que ce soit dans la santé, dans l’éducation, dans l’immobilier…les immigrés occupent dans secteurs-clés et contribuent à la diversité culturelle et à la croissance économique.
Mais quel serait la France sans les immigrés? C’est la question légitime que pose un livre qui vient de paraître. Intitulé « Sans eux », le document signé par 3 auteurs (Guillaume Hannezo, Hakim El Karoui, Thierry Pech) explore une France sans les immigrés à travers une fiction (ou dystopies) dépeignant un effondrement socio-économique en l’absence de travailleurs étrangers. Ce récit met en scène un exode fictif où les secteurs de la santé, des services et des infrastructures s’effondrent.
Ce livre explore les conséquences d’un tel scénario sur la société française, notamment la pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs essentiels, la crise sanitaire et l’effondrement des services avec des hôpitaux exsangues, des restaurants sans cuisiniers, des Ehpad abandonnés et moribonds, des rues jonchées de saletés et de détritus de toutes sortes…
Au-delà de la fiction, il y a une réalité évidente, palpable, irréfutable, visible. Une France sans ses immigrés ne serait plus que l’ombre d’elle même…En tout cas pas cette France que l’on connaît actuellement. Les immigrés en France travaillent majoritairement, cotisent et soutiennent la protection sociale, notamment la santé et les retraites.
Une France sans immigrés connaîtrait un choc structurel immédiat, entraînant ipso facto une pénurie abyssale de main-d’œuvre dans des secteurs de première importance, à l’instar de la santé (médecins, aides-soignants), la construction, la restauration et l’aide à la personne. L’économie, le système de protection sociale et la démographie seraient fragilisés, ces travailleurs étant indispensables pour soutenir une population de plus en vieillissante.
Il suffit de parcourir certains rapports très respectables pour s’en faire une petite idée. Et les chiffres donnent le tournis: 17 % des médecins spécialistes et 21 % des chirurgiens sont étrangers. Les médecins tunisiens à eux seuls représentent le deuxième plus important contingent de praticiens diplômés hors Union européenne en France (10,4% en 2023), avec plus de 1 500 médecins en exercice. Une hémorragie pourtant très préjudiciable pour la Tunisie mais qui comble les déserts médicaux de l’autre côté de Mare Nostrum.
En dehors des praticiens, notons que 14 % des ingénieurs informaticiens sont étrangers, 22 % des cuisiniers (chiffre qui monte à 55 % en Île-de-France), entre 15 et 50 % des salariés du bâtiment, 60 % pour certains métiers, 24 % des curés…
Une chose est sûre. L’immigration est là en France. Elle compte durer encore et encore. Parce que la société française a besoin d’un apport de travail extérieur. Bien sûr que l’immigration est un sujet de débat houleux entre défenseurs et adversaires. L’étude de son impact montre que l’économie française dépend de ces flux pour maintenir son modèle social et surtout garder la tête hors de l’eau. Alors la France n’a pas d’autre choix que de les accepter au lieu d’en faire d’éternels boucs émissaires !
O.D.

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