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La presse, le pouvoir et l’argent

15 mars 2015
in Chroniques
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Par Brahim Oueslati
L’arrestation d’un journaliste est, telle une couleuvre,  toujours dure à avaler, indépendamment des mobiles et des chefs d’accusations portés contre lui. Certes, un journaliste, tout comme tout citoyen, n’est pas au-dessus des lois et, subséquemment, ne pourrait pas se prévaloir d’une quelconque immunité ni d’un statut d’intouchable. Il n’est pas, non plus,  au-dessus de tout soupçon. Mais si  cette arrestation  est liée à ses activités de journaliste ou de blogueur, elle  constitue une atteinte grave au  sacro-saint droit de  la liberté d’opinion et d’expression. La décision du parquet de mettre sous les verrous Moez Ben Gharbia et Wassim Herissi un vendredi après midi, présuppose qu’ils font l’objet d’une lourde accusation et qu’ils représentent un danger et une menace pour l’ordre public. Loin de nous l’intention de contester une décision de justice d’autant plus que nous ne connaissons pas le contenu du dossier, ni les dessous de l’affaire, pas plus que les avocats de nos deux confrères.
 
 Toutefois, plusieurs questions taraudent les esprits après la multiplication des agressions contre les journalistes et l’incarcération des blogueurs. Ces questions ont trait aux menaces qui pèsent sur la liberté d’expression de manière générale et sur la liberté de la presse en particulier. Le journalisme est un métier à haut risque, on le sait et on l’assume, avec plus au moins de bonheur. Des journalistes mettent, des fois, leur vie en danger pour informer l’opinion publique, l’éclairer et mènent un combat quotidien pour émettre librement leurs opinions. Ce quatrième pouvoir tant décrié, vient d’être constitutionnellement confirmé dans la nouvelle loi fondamentale du 27 janvier 2014 qui énonce dans son article 31 que « les libertés d’opinion, de pensée, d’expression, d’information et de publication sont garanties » et qu’elles « ne sauraient être soumises à un contrôle préalable ».
La menace de l’immixion de l’argent
En un jour, on est passé d’une presse aux ordres à une presse en désordre. Le 14 janvier 2011 a desséré l’étau autour de la liberté d’expression et a sonné la fin d’une époque où le politique décidait de ce qui est bon à écrire et à diffuser, sous peine de pressions, de harcèlements, de poursuites et de sanctions. S’ensuit alors, un tâtonnement, sorte de navigation à vue sans boussoles ni aiguilleurs. Au point que la liberté d’expression s’est transformée, en une recherche   acharnée de buzz et de scoops pour augmenter l’audimat, dans un combat effréné pour une indécente récupération d’un mérite que souvent on n’a pas.
 
 Le plus grand danger qui menace la liberté de la presse, c’est l’immixtion de l’argent et du pouvoir politique dans les médias. Le risque encouru est que certains  journalistes deviennent  de simples médiacrates,  alléchés par l’odeur de l’argent. Certains plateaux se sont transformés en arènes de pugilat entre des invités où tous les coups sont permis. Au grand dam des téléspectateurs. A l’exception de quelques commentateurs attitrés, d’illustres inconnus autoproclamés experts, commentateurs, spécialistes envahissent les écrans pour nous débiter des analyses non fondées et tout simplement erronées, sous l’œil  bienveillant d’animateurs, connaisseurs en tout.  Si ce n’est pas avec leur connivence.  Ils sont là pour dire aux téléspectateurs quoi penser. Le malheur c’est qu’ils croient toujours avoir raison et ils  précipitent si vite le pauvre téléspectateur vers leurs propres conclusions.
 Cette volonté  d’imposer ses opinions et sa vision,  nuit tant à la liberté d’exercer son devoir d’information pluraliste.  Et c’est ce que certains appellent « le maljournalisme » qui renvoie à une « déontologie vacillante et à géométrie variable » et à un « mélange des genres, et une compassion facile ». Les médias deviendraient alors une sorte de « relais docile de la langue de bois officielle » ne s’empêchant pas de tomber sous « l’emprise des grands groupes industriels ». Mais il arrive de plus en plus souvent qu’un média complaisant se trouve de plus en plus boudé, voire décrié.
 
 « La faute n’est donc pas au public, qui demande des sottises, mais à ceux qui ne savent pas lui servir autre chose. »
B.O
 
 
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