
Plus qu’un service public, la justice est un principe fondamental de toute démocratie qui se respecte et une fonction politique d’équilibre et de séparation des pouvoirs et une fonction sociale pour l’égalité et le respect des lois.
Incarnée par les magistrats qui veillent à rendre la justice et les avocats qui défendent les justiciables, l’institution judiciaire est souvent sous pression politique et idéologique.
La dernière rébellion des avocats contre les juges témoigne de l’animosité qui règne entre ces deux corps. L’excès de corporatisme, la surenchère de déclarations tapageuses de part et d’autre risquent d’aggraver l’affrontement, de rompre définitivement tout lien cordial et d’hypothéquer les intérêts des justiciables.
Le torchon brûle déjà depuis quelque temps et les derniers incidents mettant aux prises un juge d’instruction à un groupe d’avocats a envenimé encore plus la situation et a rajouté de l’huile sur le feu pour raviver la braise d’un incendie institutionnel difficile à maîtriser.
La présence d’avocats dans la sphère politique (on recense 25 avocats siégeant à l’ANC) et le rôle prépondérant de l’Ordre au Dialogue National a fait grincer les dents. Le barreau devient une profession politique et c’est ce mélange des genres qui risque de paralyser l’entente cordiale et de creuser le fossé qui sépare deux corporations opérant dans la même institution.
Sans rentrer dans les tenants et les aboutissants de cette affaire déplorable d’outrage à magistrat de la part d’une dizaine d’avocats et d’entrave aux règles procédurales d’un juge envers une avocate suspectée de malversation, le traitement médiatique de cette affaire a accentué les pressions. En se renvoyant la balle, camp contre camp, par médias interposés , ils ont achevé de discréditer lourdement l’institution judiciaire. Le déballage public, l’impunité réclamée pour les avocats fauteurs et la grève des magistrats en riposte à ces événements sonnent-ils le glas à la légitimation d’une justice à 2 vitesses.
Ce qui est interdit au citoyen ordinaire est désormais permis et légitimé pour ces deux corporations. Comment peut-on réhabiliter la justice avec toutes ses composantes quand d’un côté vous avez des avocats qui se permettent d’agresser et d’attaquer un juge fut-il fautif et d’un autre vous avez des juges qui décident d’une grève sauvage qui paralyse les intérêts des justiciables. La situation est inquiétante et préoccupante quand les redresseurs des torts, les justiciers, les défenseurs de la veuve et de l’orphelin, les garants de la légalité et les dépositaires des vertus se mettent au- dessus des lois.
Il est urgent et impératif que ce discrédit cesse et que les sages des deux côtés assument leur rôle de vrais défenseurs de la profession et de porteurs des valeurs démocratique et républicaine basées sur l’égalité de tous devant la loi, l’indépendance, l’intégrité, l’exemplarité et la souveraineté des décisions judiciaires.
Jalel JEDDI
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