
Le peuple tunisien épris de liberté, de dignité et de justice sociale peine à célébrer dans l’allégresse et la joie le 3 éme anniversaire d’un mouvement populaire qui devait éclairer l’avenir de millions de tunisiens souffrant de misère, de chômage et d’injustice.
La confusion est réelle et les interrogations fusent de partout. Comment qualifier ce mouvement ? Soulèvement spontané ? Révolution programmée ? Manipulation étrangère ? Coup d’état avorté ?
La machine médiatique est en marche et un vaste complot tend à réviser les jugements sur ce 14 Janvier. La manipulation est omniprésente et personne ne sait si les déclarations du Général Choubir et du fils Seriati sur les plateaux d’Attounissia visent à déstabiliser l’appareil militaire, à disculper certaines parties, à révéler le rôle des services de renseignements étrangers ou à démystifier cette fameuse révolution.
Il devient difficile de démêler cette équation et sur le terrain, les avis divergent et si certains affirment que la révolution est réelle mais a été confisquée par des politiciens véreux et incompétents, pour d’autres elle est l’œuvre de l’intelligence américaine et de l’argent qatari qui a grassement rétribué les sites tels que Nawaat et les blogueurs tels que Slim Ammamou, Heythem El Mekki, Lina Ben Mhenni à travers OPTOR et le milliardaire Soros .
Les sentiments sont à la mesure des appréhensions et les Tunisiens se sentent trahis par une caste politique qui navigue à contre courant des revendications réelles. Ayant perdu la bataille existentialiste du développement, de la lutte contre le chômage et de la justice sociale, les politiciens de tous bords ont fait glisser les débats vers l’émotionnel en réinventant les concepts identitaires, religieux et régionalistes.
Sans dénigrement pour le gouvernement troikal mais aussi sans complaisance pour l’opposition, les tunisiens s’accommodent mal de cette nouvelle classe politique qui démontre ses limites et sa suffisance. Les promesses électorales ont été envoyées aux calendes grecques et les gouvernements successifs d’Ennahda et ses acolytes n’ont enregistré comme réalisations que misère, paupérisation, violence et haine. L’opposition quant à elle reste malade de ses dogmes, de ses divisions, de ses égos et des ambitions dévorantes de ses leaders.
Le peuple pudique, passionné et naïf a caressé le rêve d’embrasser et d’enlacer la révolution mais elle l’a rejeté. Elle lui a préféré des baroudeurs et des bad boys de la politique. Elle s’est jetée corps et âme dans les bras d’une caste d’affamés, de frustrés et d’ingrats. Il n’est pas facile de suivre les méandres de ce qui s’est passé réellement en Tunisie et ce qui se trame actuellement, tant les péripéties sont nombreuses et se succèdent à un rythme infernal.
Le rôle d’Al Jazeera dans le formatage de l’opinion publique post révolution, la position de la France pendant le soulèvement du 17 Décembre, l’implication de l’Intelligence américaine dans la formation de blogueurs et le financement de sites électroniques et le triomphalisme du grand manitou Jacob Wells, ambassadeur du Père du Printemps Arabe à l’issue du consensus lors du dialogue national en disent long sur l’ADN et la paternité de ce soulèvement populaire.
Il est tout de même surprenant qu’au lendemain d’une révolution, ceux qui prétendaient défendre la veuve et l’orphelin s’accommodent de la misère, de la faim d’un peuple et de la chevrotine , ceux qui scandaient les droits humains s’évertuent à la délation et au populisme nauséabond , ceux qui chantaient la démocratie prônent l’exclusion et la haine , ceux qui prêchaient les vertus et la bonne parole appellent à la violence et à la partition et ceux qui étaient impliqués dans des malversations avec des sbires de l’ancien régime affichent un triomphalisme narquois.
Jalel JEDDI