
Relancer un secteur en crise et valoriser un savoir-faire national, telle était l’ambition du premier festival de la mode de Tunis, organisé les 3 et 4 avril. « L’objectif est notamment de valoriser l’image de cette filière et d’offrir un lieu d’échange et de convivialité pour initier des partenariats industriels et favoriser l’émergence de nouveaux talents créatifs », résume Samir Ben Abdallah, organisateur de l’événement.
Au-delà des défilés présentant les dernières réalisations de jeunes stylistes locaux, des conférences et autres tables rondes ont rythmé ces deux jours de rendez-vous. Car dans la salle de conférence, ce sont les sujets économiques qui dominaient, le secteur textile-habillement tunisien étant frappé par la crise mondiale qui a touché ses principaux clients, comme la France.
Autre difficulté : le climat d’instabilité sécuritaire né de la révolution de janvier 2011. « Une dizaine d’investisseurs étrangers sont prêts à lancer leurs projets mais ils attendent de voir la stabilité rétablie dans le pays », indique Samir Haouet, directeur général du Centre technique du textile (Cettex). Et de préciser que 70 entreprises ont fermé leurs portes depuis la chute du régime de Ben Ali.
SORTIR DU BON MARCHÉ
Enfin, des questions structurelles s’ajoutent à ces défis, la Tunisie ne s’étant pas adaptée aux transformations du secteur, telles l’émergence d’autres pays au coût du travail modéré et l’évolution de la demande en Europe. « L’industrie tunisienne présente aujourd’hui une grande fragilité. Son principal handicap est sa dépendance vis-à-vis de l’exportation et de ses principaux donneurs d’ordres qui connaissent de profonds bouleversements », estime François-Marie Grau, délégué général adjoint de l’Union française des industries et de l’habillement.
Selon Daniel Harari, directeur général de la société mondiale Lectra, la Tunisie doit développer ses gammes de produits et sortir du domaine du bon marché. « La Tunisie ne doit plus se battre seulement sur les coûts de production mais doit travailler à une montée de gamme de service et valoriser ses compétences », insiste-t-il. Pour lui, « la créativité et l’initiative sont des atouts indispensables pour proposer une alternative plus porteuse que la simple sous-traitance ».
Seyf Dean Laaouiti, un Tuniso-Taïwanais de 25 ans vainqueur du concours « jeune créateur » du festival, ne demande pas mieux, lui qui a ébloui le jury avec ses 14 modèles sur le thème « choc culturel » et qui rêve de renommée pour sa griffe Narcisso Domingo Machiaveli. « Ce festival est une chance pour les jeunes talents de sortir de l’ombre, s’exprimer et montrer leur vision des choses », souligne-t-il. « En Tunisie il y a la beauté, la mode, la création, la joie de vivre et l’espoir et pas seulement les problèmes sociopolitiques ou économiques », renchérit Naziha Nemri, directrice artistique et technique du festival.
Le Monde.fr avec AFP | 08.04.2013
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