
Les Tunisiens ont poussé un grand ouf de soulagement un certain 14 Janvier 2011. Les têtes dans les étoiles, ils ont rêvé de dignité, de prospérité, de développement, de justice et de bien être. Enfin on va réhabiliter le mérite, anéantir la corruption, stopper le clientélisme, instaurer l’égalité des chances et sacrer l’honnêteté et la probité.
Mais hélas ce n’était qu’un rêve ! La révolution n’a pas répondu aux aspirations des Tunisiens, n’a pas amélioré leurs situations, n’a pas gommé les injustices et les inégalités et n’a pas mis fin à l’affairisme. La révolution n’était en fait qu’une vulgaire redistribution de cartes d’un jeu lamentable avec de nouveaux croupiers, de nouveaux joueurs et de nouveaux gagnants mais avec les mêmes perdants : les citoyens ordinaires.
La tricherie est de mise et les nouveaux gagnants, en monstres de l’usurpation, tentent de galvaniser les troupes crédules et naïves pour sacrer l’imbécilité et l’ignorance. Le progrès, le savoir, la modernité, la compétence et le patriotisme deviennent les ennemis de la nation. Les jours heureux rêvés par de millions de tunisiens sont devenus les jours honteux par l’égoïsme, l’avidité et le nombrilisme de ceux qui nous gouvernent.
Ils ont transformé la Tunisie en cimetière des compétences et en crématoire du mérite. C’est une véritable euthanasie de la république moderne fondée et dessinée par les bâtisseurs libres et patriotes de la première heure. La dignité, le progrès et le savoir sont battues en brèche par les dogmes religieux extrémistes, l’allégeance a supplanté la compétence, la médiocratie a remplacé la méritocratie et l’Etat est miné et affaiblit par des rongeurs plus prompts à la démolition et à la destruction qu’à la construction.
Les trois années de gouvernance troikale ont été tragiques. Les tunisiens ont perdu tout lien avec le rêve révolutionnaire. En plus des dérives intégristes, du terrorisme, de la violence et de la division, les voilà appelés à vivre des jours encore plus difficiles. La crise économique, la gestion calamiteuse des affaires de l’Etat et la nouvelle politique d’austérité vont plonger les pauvres rêveurs, les véritables faiseurs de la révolution dans une misère inéluctable et une paupérisation rampante.
Le dinar dégringole, les sociétés nationales au bord de la faillite, la croissance au point mort, le chômage s’aggrave, les grèves se multiplient, la productivité est nulle, les investisseurs n’ont plus confiance et l’Etat frôle la banqueroute. Tel est le bilan de ces héros de la transparence, de l’honnêteté et de la probité. Ils n’ont pas pensé à la cause commune du peuple, aux acquis de la république et au bien être du citoyen ordinaire mais plutôt à leurs intérêts partisans, à leurs privilèges, à leurs empires, à leurs carrières et leurs fortunes personnelles.
Les valeurs du fameux triptyque, Dignité, Liberté, Justice, faisant de la Révolution tunisienne le flambeau du Printemps Arabe ressemblent à s’y méprendre à la défunte déclaration historique du 7 Novembre 1987. Que de simples mots sans consistance, sans saveur et sans effet qui servent uniquement à anesthésier les vraies revendications et amadouer les citoyens pour une nouvelle ère comateuse.
Le contraste est violent et le décalage est révoltant entre les postures, les discours, le paraitre, le faux semblant et la réalité décadente de ces hommes politiques. L’héritage fantastique de la Tunisie moderne a été effrité, la compétence n’a plus droit de cité, le savoir marginalisé, l’ignorance généralisée, la violence banalisée, les richesses spoliées, les caisses de l’Etat vidées, l’espoir brisé et la révolution confisquée par une caste de politiciens qui feint d’ignorer les leçons de l’histoire.
Ils sont sûrement venus pour une mission noble ! Semer l’inculture, la misère la sauvagerie pour baliser la nouvelle destinée abominable et monstrueuse d’une Tunisie agonisante. Les dommages et les dégâts de cette gouvernance troikale sont incalculables et irréparables. N’est-ce pas le summum du terrorisme que d’exposer son peuple et son pays à autant de tromperies, de tricherie, d’imposture, de violence, de terreur, de misère et de pauvreté ? Seul l’amour de son pays, le progrès, le savoir, le culte de la compétence et le sacre du mérite et du travail sont capables de stopper l’avancée de cette stratégie diabolique de renvoyer le pays à l’âge de la pierre et d’en finir avec le diktat de la pensée rétrograde et obscurantiste.
Jalel JEDDI
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