La Tunisie, un pays en otage !

La Tunisie, un pays en otage !

Depuis la suspension du « Document de Carthage II » par son initiateur le président de la république Béji Caid Essebsi, le pays est en situation de« stand-by ». Et chaque jour nous apporte son lot de rebondissements et de rumeurs. La fièvre de la « remanite » enfle et occupe beaucoup plus les acteurs politiques que les maux réels du pays. Au lieu de débattre des perspectives d’avenir, ils se perdent en conjectures et pinaillent sur l’éventualité d’un « renvoi » du gouvernement et la manière dont il serait « éjecté ».

On scrute la moindre petite déclaration pour l’interpréter comme l’on veut. Les bruits qui courent sont nombreux et contradictoires, et les médias et les réseaux sociaux s’y mettent à cœur joie pour entrainer l’opinion publique dans un tourbillon de scénarios aussi futiles qu’improbables.

Les piques mordantes de BCE

On connait Béji Caid Essebsi. Il est passé maitre dans les piques mordantes sur ses adversaires, voire ses amis, ou tout simplement ceux qui passent sous son orbite. Comme il est capable de bons discours, souvent improvisés, pour fixer le cap ou exprimer une position. Sa déclaration à l’issue de l’attentat kamikaze de l’avenue Bourguiba, lundi dernier et son interview donnée à la chaîne allemande « Deutsche Welle arabya », n’ont pas été exemptes de piques allusives au chef du gouvernement et à son partenaire Ennahdha.  «Nous pensions avoir éliminé le terrorisme mais la vérité c’est que j’espère que le terrorisme ne nous achèvera pas ».  Il a envoyé un message à qui veut l’entendre : l’attentat est un loupé des services de renseignements et partant du chef du gouvernement en personne. Concernant le remaniement, il s’est contenté de déclarer « attendons pour voir ». En même temps, Nidaa Tounes qui « pour se renforcer a absorbé le parti de Slim Riahi » (dixit Hafedh Caid Essebsi, continue de patauger dans la gadoue. Mais maintient sa condition : le départ de Chahed. Avec en sus un gouvernement sans Ennahdha, son allié pendant quatre bonnes années et dont il a été, par moments, un simple « satellite ». Et il s’y attelle, malgré une conjoncture défavorable.

Pour Béji Caid Essebsi, Youssef Chahed est un « félon ». Il a trahi sa confiance et il a juré que rien ne sera pardonné. Même affaibli, il garde encore des cartes entre les mains. Cette « trahison », l’empêche de dormir, mais pas de réfléchir à la manière de faire sauter cet enfant rebelle aux ambitions jugées démesurées. Quitte à créer un véritable blocage au plus haut sommet de l’Etat.

Ennahdha joue à l’arbitre

Quant au chef du gouvernement, il n’accuse pas le coup. Loin s’en faut. Accusé de se mettre sous le parapluie d’Ennahdha, il semble ne pas trop s’en soucier. Le mouvement de Rached Ghannouchi est devenu le premier groupe parlementaire au sein de l’Assemblée des représentants du peuple. Et rien ne saurait se faire sans son accord. Bousculé par les dernières révélations sur l’existence d’une organisation secrète et son implication dans l’assassinat de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, ce qu’il nie vigoureusement, Ennahdha semble s’accommoder de ce nouveau rôle d’arbitre entre Carthage et la Kasbah. Entre ce qu’ils déclarent tout haut et ce qu’ils pensent tout bas, ses dirigeants ont souvent tendance à ne pas parler vrai. Mais certains d’entre eux ne cachent pas que les documents fuités et étalés en public, proviennent de Carthage. Revenir en bons termes avec Baji Caid Essebsi serait admettre les faits qui sont reprochés à leur mouvement. Ils ont autorisé leur « Cheikh » à maintenir le contact avec son ancien allié BCE, pour de ne pas casser le fil d’Ariane (cheveu de Mouaouia). Et pour ne pas insulter l’avenir. Qui sait ce que pourrait mijoter le locataire de Carthage qui avait cautionné leur mouvement auprès des démocraties occidentales. En plus, il a plus d’un tour dans son sac !

L’action publique paralysée

Cette crise qui couve depuis des mois a éclaté en plein jour. Dans un récent rapport, l’organisation « Crisis Group » considère que la crise actuelle en Tunisie « paralyse l’action publique et le travail législatif, divise et discrédite la classe politique, minant la confiance à l’égard des institutions. Elle diminue la capacité du pays à faire face à des évènements imprévus, comme des attaques jihadistes ou des émeutes de grande ampleur, et alimente la tentation autoritaire ».

Comme expliqué dans une précédente chronique, cette crise est la résultante du régime politique imposé par des constituants peu prévoyants. Un régime hybride qui, selon plusieurs constitutionnalistes voire politiques, ne convient pas à une jeune démocratie.

Mais en attendant sa révision, le pays est comme pris en otage, en raison de la nullité des responsables politiques qui n’ont pas la capacité nécessaire pour comprendre et gérer la crise.

Et pendant ce temps, le pays saigne et des milliers de jeunes compétences quittent le pays pour faire leru vie ailleurs.

B.O

 

 

 

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