
Dans cette interview réalisée le 8 février 2013 par Le Point.fr, Adel Fekih, ambassadeur de Tunisie en France analyse la situation de notre pays, après l’assassinat d Chokri Belaid. Selon lui la coalition gouvernementale ne paraît pas être à la hauteur des enjeux. Il prône des solutions politiques urgentes et appelle à un climat politique plus apaisé.
Comment analysez-vous la situation de la Tunisie après l’assassinat de Chokri Belaïd ?
Adel Fekih : Nous sommes dans une situation critique et complexe. L’Assemblée constituante, élue par le peuple, est seule légitime aujourd’hui. Elle devait parvenir à établir une nouvelle Constitution au mois d’avril. Je pense que les délais ne seront pas respectés étant donné l’évolution critique à laquelle nous devons faire face. Il faut espérer que les partis politiques prendront des mesures courageuses. Ils doivent faire des concessions, et notamment le parti majoritaire Ennahda. Il porte une grande responsabilité sur l’évolution en cours. Son comportement peut faire basculer la transition démocratique vers le succès ou l’échec.
Le gouvernement semble totalement bloqué ?
La coalition gouvernementale ne paraît plus être à la hauteur des enjeux et se doit de se renouveler, comme le propose d’ailleurs Hamadi Jebali. Il est clair que les intérêts sont divergents au sein de la coalition entre Ennahda et les partis laïques. Chacun devrait avoir comme objectif le bien de la population, et non pas les intérêts partisans de sa propre formation. Pour rassurer une large majorité, Ennahda ne devrait plus être aux commandes des ministères régaliens comme l’Intérieur, la Justice ou les Affaires étrangères.(…)
Comment répondre à la violence politique ?
La réponse est sécuritaire en partie. Contrairement à ce que l’on entend ici ou là, les effectifs de la police et de l’armée ont été renforcés.(…)
Il faut distinguer deux aspects dans l’assassinat de Chokri Belaïd. L’enquête déterminera les responsabilités matérielles. Ensuite, l’opinion publique se pose légitimement la question des responsabilités politiques. Et là, Ennahda est visé. Ce parti est accusé de faire obstacle à une justice transitionnelle indépendante, et le remaniement ministériel prévu depuis plus de six mois a été bloqué à cause du refus d’Ennahda d’accepter cette demande de ses partenaires de la coalition. Il y a aussi des discours de violence dans certaines mosquées avec des imams dont le prêche est très virulent et politisé. (…)
Quelle solution politique faut-il envisager pour faire reculer la violence ?
Nous devons effectivement trouver des réponses politiques. Le climat politique doit être apaisé. Il faut gouverner de manière plus consensuelle. Il doit y avoir une unité nationale. Toutes les forces politiques doivent regarder dans la même direction. La classe politique doit être plus responsable. Elle doit voir l’intérêt des Tunisiens avant leur intérêt partisan. Nous sommes dans une situation de transition, donc de fragilité. Dans l’histoire, des alliances politiques « contre nature » ont pu fonctionner, par exemple en France après la Seconde Guerre mondiale, entre gaullistes et communistes. C’est donc possible en Tunisie.
Se dirige-t-on vers une situation comme l’a connue l’Algérie après 1992 et l’interruption du processus démocratique ?
J’espère que non. Nous n’avons pas la même histoire que l’Algérie et le contexte du changement après la chute de la dictature de Ben Ali n’est pas le même que celui où une armée interrompt des élections, sans porter de jugement sur cette période complexe vécue par les Algériens. En revanche, on doit s’inquiéter de la montée de la violence. Les partis politiques doivent prendre leurs responsabilités. Ils doivent acquérir la confiance des Tunisiens.
Le Point.Fr
Interview à lire en totalité sur: http://www.lepoint.fr/monde/ambassadeur-de-tunisie-en-france-la-situation-est-critique-et-complexe-08-02-2013-1625539_24.php
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