Nous avons reçu le communiqué suivant du Collectif Vérité et Justice:
Le collectif Vérité et Justice avait interpellé les deux candidats aux élections présidentielles sur leurs positions concernant un certain nombre de sujets cruciaux.Aujourd’hui, à la veille du 2ème tour de ces élections et alors que la campagne électorale sera officiellement close cette nuit, le résultat est là : sur les deux candidats, un seul, M. Moncef Marzouki, a pris la peine de nous lire et de faire une réponse, qu’il a adressée à un des signataires, Gilbert Naccache. Il est très positif qu’il ait estimé nécessaire d’engager un débat avec la société civile, à laquelle il a renouvelé son attention, puisqu’il lui a écrit une lettre. Le Collectif a pris acte de ses réponses, chacun est libre de les trouver satisfaisantes ou non et d’en tirer les conséquences.
Le deuxième candidat, M. Béji Caïd Essebsi, n’a pas jugé utile de nous manifester une quelconque attention. Il est libre de le faire, tout comme les citoyens le sont de comprendre dans quelle estime il les porte : au cours de cette campagne, loin de dialoguer avec les électeurs, il a produit un long monologue, mais à travers des prises de positions ambiguës, parfois contradictoires, il a tout de même donné le fond de sa pensée sur certains sujets. Ainsi, dans son interview à Shems FM du 18 décembre, l’auteur de la phrase « les snipers ne sont qu’une rumeur » a réitéré son avis sur les victimes (blessés et martyrs de la révolution) qui, s’ils ne sont pas une rumeur, seraient pourtant (eux ou leurs familles) uniquement intéressés par l’argent, l’argent, l’argent ! Il accorde généreusement le statut de martyrs et de « leaders de la révolution » à seulement trois héros : Naguedh, Belaid et Brahmi. C’est clair, la révolution a commencé pour lui en 2012 !
Nous ne pouvons qu’exprimer notre opposition totale à la compréhension qu’il se fait de ce qui s’est déroulé depuis le 17 décembre 2010. Cette attitude révèle une condamnation qui justifie un traitement particulier infligé aux insurgés issus des classes populaires et leurs familles. Au-delà, elle nous fait craindre que la maltraitance de cette catégorie de citoyennes et citoyens ne soit conçue comme un investissement dans ce qui peut être présenté comme la nécessaire stabilité de demain.
Elle n’est pas la seule: nombre de déclarations de Caïd Essebsi laissent entendre qu’il ne croit pas à l’existence de la révolution. Et, dans sa logique, s’il n’y a pas eu de révolution il n’y a pas eu de martyrs. On ne peut relever toutes les sorties où le candidat exprime son mépris pour les classes populaires qu’il considère simplement mues par la faim.
Il est certes difficile, pour un homme de sa classe sociale, de son âge, de son histoire politique et de ses rapports avec l’argent, de pouvoir comprendre le sens du mot dignité, et l’attachement populaire à cette notion.
Quant à la justice transitionnelle, Monsieur Caïd Essebsi a donné sa réponse à nos préoccupations : il veut l’enterrer, tourner la page du passé et de l’exigence populaire de faire rendre des comptes à ceux qui ont des responsabilités dans les violations des droits des Tunisiennes et des Tunisiens. Il veut nous empêcher de nous réapproprier notre histoire.
Cette analyse, que partagent malheureusement plusieurs citoyennes et citoyens, montre un certain positionnement social par rapport aux luttes populaires, en l’occurrence celles qui ont fondé la révolution ; ce sont ces luttes qui nous permettent aujourd’hui, de jouir de libertés publiques dont notamment les élections de 2014, où chacun et chacune, a eu la liberté de choix : voter ou ne pas voter, voter pour l’une ou l’autre liste, l’un-e ou l’autre candidat-e.
Nous ne tirons de ces attitudes aucune suggestion de choix pour les élections. Mais, il nous a paru préférable que la citoyenne et le citoyen, en prenant sa décision, soit au courant de la réaction, sur la forme et sur le fond, de chacun des candidats à notre initiative.
Nous, membres du Collectif Vérité et Justice, affirmons notre solidarité avec les blessés et les familles des martyrs. Nous continuerons avec eux la lutte contre l’amnésie sélective, l’oubli et l’injustice, les déformations de l’histoire et la délégitimation de leurs combats.