Les avocats de Tariq Ramadan, mis en examen pour viols, réclament la saisine de l’Inspection générale de la justice (IGJ). Ils estiment que l’enquête préliminaire a été émaillée de problèmes de procédure ayant porté préjudice à leur client.
Les avocats de Tariq Ramadan ne sont pas d’accord avec la tournure que prend l’affaire dans laquelle est impliqué leur client. L’islamologue suisse, qui a catégoriquement nié les faits de viols dont il est accusé, a été mis en examen et incarcéré vendredi, dans l’attente d’un débat entre le juge des libertés et de la détention et sa défense qui devait avoir lieu dans l’après-midi du mardi 6 février.
Les conseils estiment que l’enquête préliminaire a été émaillée de problèmes de procédure ayant porté préjudice à leur client. Ils réclament la saisine de l’Inspection générale de la justice (IGJ) pour faire toute la lumière. Dans une lettre adressée à la ministre de la Justice Nicole Belloubet et dont l’AFP a eu connaissance, les avocats du théologien musulman s’appuient sur deux éléments pour justifier leur demande.
Une réservation de billet d’avion qui affaiblit l’accusation ?
D’abord, une note transmise au parquet de Paris le 6 décembre et qui fait état de l’agenda de Tariq Ramadan le 9 octobre 2009, date à laquelle une des deux femmes ayant déposé une plainte contre lui -qui a choisi le pseudonyme Christelle- l’accuse de l’avoir violée dans un hôtel à Lyon. « Cette note démontre qu’il est impossible que les faits dénoncés par la plaignante aient été commis, comme elle le prétend, le 9 octobre 2009 dans l’après-midi à l’hôtel Hilton de Lyon puisque Monsieur Ramadan est arrivé à l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry le 9 octobre 2009 à 18 h 35 », écrivent les avocats dans ce courrier, dont l’existence a été révélée par Le Parisien.
Cette note fait état d’une réservation de billet d’avion, a-t-on appris de source proche du dossier. Versée au dossier, elle a été transmise aux enquêteurs le 1er février, soit au second jour de la garde à vue de Tariq Ramadan. « Il est incompréhensible que cette note n’ait pas été communiquée préalablement aux enquêteurs, comme l’ont été toutes les autres notes que nous avons déposées depuis le mois d’octobre auprès du parquet de Paris » alors qu’elle contient « des éléments à décharge très importants » pour leur client, écrivent-ils à la garde des sceaux.
C’est pourquoi ils souhaitent que l’IGJ mène une enquête administrative pour « savoir qui a dissimulé cette note pendant près de deux mois ».
Une autre source proche du dossier a néanmoins expliqué à l’AFP que les éléments de ladite note ont pu être évoqués lors de la confrontation, de telle sorte qu’ils étaient connus des magistrats instructeurs au moment de la mise en examen. Lors de sa garde à vue, Tariq Ramadan et « Christelle » ont été confrontés durant trois heures.
Des soupçons sur un juge
Autre point de la procédure que les avocats contestent: le fait que les enquêteurs, disent-ils, n’aient pas cherché à identifier le juge cité par l’essayiste Caroline Fourest, opposante de longue date de Tariq Ramadan, qu’elle dit avoir mis en contact avec « Christelle » en novembre 2009. Soupçonnant ce magistrat d’être en poste au palais de justice de Paris, ils s’inquiètent « qu’il travaille sur le dossier de Monsieur Ramadan, qu’il soit amené à le faire ou a minima qu’il soit en contact avec des magistrats travaillant sur ce dossier ».
C’est aussi afin d’identifier ce juge qu’ils demandent la saisine de l’IGJ, allant jusqu’à évoquer la possibilité qu’il ait pu avoir « un quelconque rôle dans la dissimulation de la note adressée au parquet le 6 décembre 2017 ».
Contacté par l’AFP au sujet de ce courrier, le parquet de Paris n’a pas souhaité faire de commentaire.
https://www.ouest-france.fr/societe/justice/affaire-tariq-ramadan-ses-avocats-denoncent-des-problemes-de-procedure-5548563/
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