Dans un entretien accordé au site « Slate Afrique », Karim Ben Smail, éditeur de la maison d’édition indépendante Cérès, revient sur le rôle de
l’élite intellectuelle et artistique dans la révolution du Jasmin. L’homme d’une cinquantaine d’années, n’y va pas quatre chemins, la révolution a été « une humiliation pour certains intellectuels ».
Prétendre que les intellectuels ont eu un rôle dans la révolution tunisienne serait un « hold-up ». Pour Karim Ben Smail, le régime de Ben Ali était peu intelligent et avait méprisé les gens au point de les pousser à l’extrême dénuement et désespoir. Il parle de sentiment de révolte quand le président déchu s’était acheté un Avion d’un cout exorbitant et qui en plus devait être aménagé pour VIP.
Pour l’éditeur qu’il est, se montrer trop subversif à l’égard du régime signifiait automatiquement l’arrêt de ses activités et la saisie de ses livres. Les intellectuels ne se sont mobilisés qu’après que la révolté ait grondé plusieurs semaines dans les régions intérieures.
Au cours de l’interview, Karim Ben Smail précise sa pensée : « Quand je dis que la culture n’a eu aucun rôle, je parle de l’élite, et de la culture officielle. Qu’on le veuille ou non, on est là depuis cinquante ans, nous sommes la culture officielle ». Il reconnait donc le rôle de certains artistes engagés qui maintes fois manifesté des positions favorables à davantage de Droits de l’Homme en Tunisie. Les risques pris par ces derniers étaient la prison, ou même la torture.
L’immolation de Mohamed Bouazizi, évènement déclencheur de la révolution est également une remise en cause des intellectuels tunisiens complices par leur silence ou leur passivité. L’éditeur Karim Ben Smail considère que ces intellectuels sont responsables de la mort de Bouaziz : « nous avons mis le feu à ce jeune homme » admet-il.
Si les intellectuels ont tous une responsabilité, il est indispensable de s’investir durablement en faveur de la Tunisie, surtout pendant que s’installe une fenêtre de liberté nouvelle. Pour l’intellectuel tunisien, le monde arabe a toujours vécu sous la dictature. S’il est prématuré de dire que la Tunisie est devenue une démocratie, il faudrait néanmoins profiter de l’opportunité car la dictature pourrait revenir.
« La révolution s’est faite avec le peuple. Et nous tous intellectuels devons aujourd’hui nous demander quelle est notre position. Comment avons-nous pu accepter d’être dirigés par une bande d’escrocs de ce niveau-là sans bouger? C’est une grande humiliation.
Et nous n’avons pratiquement rien fait » raconte Karim Ben Smail. Les intellectuels semblent aujourd’hui encore moins audibles qu’avant la révolution. C’est ce qui pose la question de l’incidence des positions de l’élite sur le cours des événements en Tunisie.
Espace Manager
d’après Slate Afrique
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