Le journaliste Mourad Zeghidi a adressé une lettre ouverte au président de la République, Kaïs Saïed, dans laquelle il lui demande d’appliquer à son dossier le principe que le chef de l’État avait lui-même énoncé récemment : toute personne ayant conclu une réconciliation avec l’administration concernée devrait pouvoir bénéficier pleinement de ses effets juridiques, notamment en matière de liberté.
Publiée sur la page Facebook « Free Mourad Zeghidi », cette lettre ne prend pas la forme d’une demande de grâce présidentielle ni d’un appel à la clémence. Le journaliste fonde sa démarche sur les déclarations publiques du président de la République, estimant que les principes annoncés par les autorités doivent être appliqués de manière égale à tous les citoyens.
« J’ai payé toutes les sommes qui m’ont été réclamées »
Se présentant comme « Mourad Ben Salah Zeghidi, détenu n°406532 à la prison de Mornaguia », il rappelle avoir été arrêté le 10 juin 2024 avant d’être poursuivi dans une affaire liée à des soupçons de blanchiment d’argent.
Il affirme qu’une expertise réalisée par les services du ministère des Finances aurait conclu à l’absence de préjudice financier subi par l’État. Il explique également avoir régularisé sa situation en s’acquittant de l’ensemble des sommes qui lui avaient été demandées, précisant que cette démarche a nécessité, selon lui, d’importants sacrifices familiaux.
Des revenus déclarés au cœur de sa défense
Dans sa lettre, Mourad Zeghidi revient également sur son parcours professionnel à l’étranger, indiquant avoir travaillé pendant trois ans et demi au Qatar avec une rémunération mensuelle de 4 500 dollars.
Selon lui, les sommes considérées comme suspectes au cours de l’enquête correspondent à des revenus personnels perçus durant cette période. Il soutient qu’aucun élément matériel n’a permis d’établir l’existence d’un enrichissement inexpliqué, ni la possession de biens ou d’avoirs incompatibles avec ses ressources déclarées.
Le journaliste estime que son dossier relève essentiellement d’un aspect fiscal et affirme qu’aucune preuve sérieuse de blanchiment d’argent n’a été apportée au cours des différentes étapes de l’enquête et des investigations financières.
« Appliquez les principes annoncés »
S’adressant directement au président de la République, Mourad Zeghidi affirme avoir choisi cette voie après avoir épuisé, selon lui, les recours judiciaires possibles.
Il estime qu’une contradiction existe entre les principes annoncés publiquement et leur application concrète dans son cas. Si une régularisation a été effectuée et que les montants exigés ont été versés, son maintien en détention apparaît, selon lui, en décalage avec les effets attendus de ce type de mécanisme.
« Après avoir réglé toutes les sommes demandées, il ne me reste qu’à espérer bénéficier des effets juridiques qui en découlent, au premier rang desquels figure le recouvrement de ma liberté », écrit-il.
« Que les mêmes règles s’appliquent à tous »
Dans la conclusion de sa lettre, Mourad Zeghidi explique lancer cet appel depuis sa cellule afin que, selon ses termes, « les mêmes principes soient appliqués à tous les citoyens sans exception ».
Au-delà de son cas personnel, cette lettre soulève la question de la portée concrète des mécanismes de réconciliation et de leurs effets lorsqu’une condamnation judiciaire est déjà intervenue. Elle interroge également l’application effective des principes annoncés publiquement par les autorités.
En s’adressant directement au chef de l’État, Mourad Zeghidi transforme ainsi son dossier en une interrogation plus large : les principes proclamés par les institutions sont-ils appelés à produire les mêmes effets pour tous les justiciables ?


