L’UGTT à la croisée des chemins : Quelles chances de refondation clamée par Selmi ?

La fin de l’ère Taboubi est-elle un non-évènement ? Ça l’est puisque ces dernières années de plomb auront défiguré l’essence même d’une organisation à la dérive et aux mains d’une caste mue par des intérêts personnels et loin, très loin des réalités socioéconomiques du pays.
Sans doute, a -t-on cherché à anoblir ce qui restait de Taboubi en lui confiant la présidence du congrès de Monastir, hormis les contestations tenaces et le climat tendu dans lequel se sont déroulés les travaux.
A son corps défendant et au bout d’une course folle pour une légitimité fantasmée, Taboubi passe le témoin à l’un de ses principaux contestataires, à Slaheddine Selmi , membre du « groupe des cinq » qui portait depuis une année la crise sur la place publique.
La razzia de la liste « Stabilité et Défi » du nouveau secrétaire général s’inscrit dans l’ordre normal des choses, mais avec des lignes de fracture. A savoir, rupture avec ces années de « déligitimisation » du bureau exécutif depuis le fameux congrès de juillet 2021, là on Taboubi et son équipe faisaient voter le patouillage de l’article 20 des statuts fondateurs de la plus vieille organisation syndicale d’Afrique et du monde arabe. En l’occurrence, on a franchi le rubican, ce que le mythique Hached, ni le grand Habib Achour n’avaient osé faire.
L’article 20 qui délimite les mandats à deux pour le bureau exécutif a tout bonnement été amendé dans le sens d’un troisième mandat. Rien de moins : l’UGTT tombait dans l’autocratie s’éloignant par la même de ses propres bases. Un déficit de légitimité, aux yeux aussi du pouvoir qui, de facto, décidait des augmentations salariales, sans recourir au « dialogue social ».
L’Etat social brassait en effet large regardant de haut les turbulences d’une centrale syndicale en proie à ses démons.
Dès lors que, formellement l’ère Taboubi est une page qu’on tourne, qu’est ce qui pourrait changer avec le bureau exécutif de Slaheddine Selmi, se demanderait-on ?
Il serait hasardeux de croire que l’élection ce nouveau secrétaire général ne se justifierait que par son opposition à son prédécesseur. Selmi n’est pas tombé de la dernière pluie. Vieux routier syndicaliste, baccalauréat mathématiques et enseignant de la même matière, il avait été emprisonné six mois en 1885 à l’issue de la contestation syndicale de cette même année, puis interdit d’exercer son métier durant trois bonnes années. Il n’en restait pas moins fidèle à son sermon. Il gravissait les échelles jusqu’à devenir secrétaire général adjoint chargé du secteur public. Puis, ce fut justement la ligne de fracture.
Le slogan de la liste de Slaheddine Selmi est donc « Stabilité et Défi », soit deux donnes fondamentales dont le bureau sortant n’a pas su se draper. « Stabilité », c’est essentiel. Mais « Défi », par rapport à quoi et par rapport à qui ?
Pour l’heure, au-delà des incantations d’une nouvelle ère, l’UGTT doit transcender le clair-obscur dans lequel elle patauge depuis des années. Faire attention aux monstres qui surgissent aussi. Et ce n’est pas Gramsci qui nous contredira…
Raouf Khalsi
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