
Reprenons un peu le cours des évènements. Début avril, Ahmed Nejib Chebbi, président de la haute instance politique du Jomhouri, réitère sur Mosaïque FM son appel pour un dialogue national sans exclusion pour débloquer la transition démocratique qui bute sur la Constitution, le code électoral et le problème des violences politiques.
Après moult tergiversations et un savant dosage des égos des uns et des autres, le dialogue national démarre à Dar Edhiafa, avec la participation de tous les partis représentés à l’ANC, sauf la Jabha, réfractaire traditionnel à tout, et Al Massar, membre de l’UPT désavouant son partenaire. Nida Tounes finit aussi par se retirer deux jours après pour suivre l’UGTT, qui tenait à son rôle de parrain de tout dialogue politique.
Après un mois de difficiles négociations menées de pied ferme essentiellement par Al Jomhouri et de douloureuses concessions de la part d’Ennahdha, un consensus concernant la Constitution a été obtenu à l’arraché, ne laissant que quelques articles en litige (article 141, composition du conseil supérieur de la magistrature, …) pour la discussion en plénière. Cet accord a été salué par la plupart des acteurs politiques si bien qu’il a été adopté sans modifications le lendemain par les convives au dialogue national de l’UGTT.
Son adoption par la commission de rédaction de la Constitution a été autrement plus laborieuse avec des tentatives de revirements des députés nahdhaouis et une résistance farouche des députés de WAFA. Toujours est-il que le projet de Constitution a inclus pratiquement tous les points de consensus, laissant les articles litigieux aux soins des joutes oratoires des plénières.
Ainsi, et partant du fait indéniable des rapports de force au sein de la constituante, il semblerait que le projet de la Constitution finalisé, comporte des avancées certaines incluant, rappelons-le, l’universalité des droits de l’Homme, la liberté de conscience, le droit non restrictif de la grève, mais aussi enlevant des équivoques insidieux que sont les « maximes de l’islam », la référence à la loi pour restreindre les libertés et les prérogatives du Président de la République.
Des avancées dites-vous !! Grandes avancées au vu de la composition majoritairement nahdhaouie de la constituante !! Ne restent que quelques articles litigieux !! Ohhh que non rétorquaient les partis du camp démocratique criant pêle-mêle à l’imposture, au putsch, appelant à bloquer le processus constitutionnel par le biais du Tribunal administratif.
Samir Taieb jurait tous ses grands dieux que ce projet ne passera que sur son corps, Taieb Baccouche qualifiait le projet de « nul » et Hamma Hammami en appelle, pour ne pas changer, à une nouvelle Kasbah (pour une autre constituante peut-être !!).
Si l’on peut comprendre la Jabha, toujours partante pour chauffer l’ambiance, il nous était difficile de comprendre les motivations du Massar et de Nidaa tounes, vilipendant leur partenaire de l’UPT, le traitant de tous les noms. Un journal de la place, traditionnellement favorable aux thèses de NIDAA, et plusieurs pages Facebook marquées par le même sceau, allant même jusqu’à accuser Al Joumhouri de trahison et de retournement d’alliances.
Une campagne telle que certains militants, voire certains dirigeants du Jomhouri en sont arrivés à douter du bien fondé de leur position, décortiquant et relisant le projet de Constitution pour chercher la faute impardonnable qu’ils auraient commise dans leur démarche. Ce doute n’a pas rongé les chefs de file du Jomhouri, qui persistent et signent, habitées par la conviction ancrée d’être dans le vrai.
Et voilà que vient la réunion de la commission mixte de L’Union Pour la Tunisie qui s’est déroulé hier, jeudi, au local du journal Al Mawkef, haut lieu de la résistance à la dictature. Une réunion qui a dû permettre un échange calme au lieu d’envolées lyriques, une confrontation des arguments au lieu de l’échange de phrases assassines et surtout une lecture raisonnée du projet au lieu de qualificatifs génériques.
Avec, au bout, un alignement presque total de l’UPT sur la position du Jomhouri : un projet comportant des avancées indéniables avec quelques articles à modifier.
Alors Messieurs Tout ça pour ça !!
Slim Maâtoug
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