Plusieurs centaines de personnes sont entrées illégalement, jeudi 30 juillet, dans l’enclave espagnole de Ceuta, près de Fnideq, dans le nord du Maroc, venant s’ajouter au plus de 1 500 arrivées de migrants « ces derniers jours », les autorités régionales espagnoles, qui évoquent une « urgence humanitaire et sociale absolue ».
« Neuf corps » de migrants ont été repêchés, a déclaré dans la soirée une porte-parole de la délégation du gouvernement, sans donner plus de précisions.
Des dizaines de personnes, la plupart très jeunes, sont arrivées, pour certaines à la nage, du Maroc voisin, sur les côtes de l’enclave, selon des images filmées par une journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Certaines sont entrées par un poste-frontière situé au sud de ce territoire de 18,5 kilomètres carrés. Des bouées, des palmes et des combinaisons en néoprène jonchaient une plage de la ville jeudi matin, a constaté l’AFP.
Côté marocain, un correspondant de l’AFP a vu des centaines de personnes, dont des mineurs, rassemblées en début d’après-midi, jeudi, à la frontière entre la ville marocaine de Fnideq et l’enclave espagnole de Ceuta, au nord du royaume. Elles ont afflué à la suite de rumeurs selon lesquelles la frontière ouvrirait à l’aube, jeudi, d’après des témoignages recueillis sur place par le correspondant AFP
« Les centres d’accueil sont débordés et saturés, il n’y a plus de place pour personne », a déclaré le président de la région, Juan Vivas, dans une interview donnée aux médias locaux. Jeudi soir, le gouvernement espagnol a annoncé, dans un communiqué, que « les Forces armées renforceront la Garde civile [gendarmerie espagnole] dans l’exercice de ses compétences et celles qui pourraient s’avérer nécessaires pour maintenir la sécurité dans la ville de Ceuta ».
Si le nombre de soldats n’a pas été précisé, la Garde civile sera renforcée par l’envoi de 70 agents, qui s’ajouteront aux 80 déjà présents sur place, et des équipes de plongeurs ainsi que des navires des garde-côtes seront envoyés.
Le ministre de l’intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska, a, pour son part, annoncé qu’il se rendrait à Ceuta vendredi « pour suivre l’évolution de la situation » et rencontrer les autorités locales, saluant aussi la « coopération exemplaire » avec le Maroc. Les deux pays mettront en œuvre « des mesures pour le transfert » vers le Maroc « dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta ».
L’opposition s’est emparée du sujet. Le patron du parti d’opposition de droite (Parti populaire), Alberto Nunez Feijoo a ainsi dénoncé « une crise de sécurité nationale ».
Le ministre des affaires étrangères italien, Antonio Tajani, a réagi jeudi soir affirmant sur X être « favorable à la fermeture de l’espace Schengen avec l’Espagne », dénonçant « l’immigration irrégulière et incontrôlée ».
« Nous sommes en train de réunir les instances compétentes et, à l’issue de ces réunions, nous sommes prêts à agir, y compris par des mesures exceptionnelles (…), comme la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne », a pour sa part écrit Giorgia Meloni, la première ministre d’extrême droite en dénonçant les « images choquantes » de Ceuta. « L’Italie ne restera pas les bras croisé », a-t-elle affirmé.
Ceuta ainsi que l’enclave espagnole de Melilla, à près de 400 kilomètres plus à l’est, constituent les seules frontières terrestres de l’Union européenne sur le continent africain.
Il n’a pas été possible d’obtenir de commentaire des autorités marocaines au sujet de ces événements. Le ministère de l’intérieur espagnol a précisé n’avoir enregistré aucune arrivée à Ceuta par la mer en 2026 jusqu’au 15 juillet. Seules quatre personnes y étaient parvenues en 2025, et 28 en 2024, selon la même source.
En 2021, plus de 10 000 migrants avaient atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours, à la faveur d’un relâchement des contrôles par Rabat, sur fond de crise entre les deux pays au sujet de l’accueil en Espagne pour y être soigné du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario. Cette crise diplomatique a pris fin en 2022 après le revirement de Madrid sur le dossier sensible du Sahara occidental après des décennies de neutralité.

