
L’intronisation de Mehdi Jomaa comme premier ministre revêt un caractère à la fois irréel et inédit. Alors que le lobbying faisait rage autour de Mestiri, Naceur, Ayed et Nabli, que les partis s’activaient dans les coulisses et que les spéculations inondaient les rédactions et les réseaux sociaux, Jomâa a survolé le dialogue national et a surpris les observateurs les plus avertis.
Outre l’amertume des prétendants politisés et les réserves de certains sur son expérience politique, les spéculations planent sur le réseautage international du nouveau Chef du Gouvernement et sur ses appuis locaux.
Mais maintenant que Mehdi Jomâa est devenu officiellement Président du Gouvernement, ces spéculations ne doivent plus avoir beaucoup d’importance. Actuellement il est le Président du Gouvernement de tous les Tunisiens. Il doit écrire une nouvelle page de l’histoire et mettre en pratique sa conception de management commando comme il l’a si bien dit au cours de son discours d’investiture.
Si son choix des femmes et des hommes composant son cabinet a réconcilié le Tunisien avec les valeurs nobles de la méritocratie et que son équipe peut exhiber fièrement des CV et des parcours de baroudeurs compétents et intègres, certains de ses conseillers de l’ombre risquent semble-t-il d’entacher ce beau tableau idyllique en reproduisant les pratiques clientélistes des Trabelsi.
Mehdi Jomâa qui se veut un Premier ministre au dessus des partis et icône de l’indépendance et de l’intégrité, doit rompre définitivement avec la gangrène du favoritisme. Il doit comprendre que certains qui se disent proches de lui, ont un passé douteux, sulfureux et risquent de lui porter préjudice.
La Tunisie est comme possédée par le démon des malversations en haute sphère et Jomâa, s’il veut réconcilier la morale et la politique et rompre définitivement avec le clientélisme douteux , doit se transformer en exorciste et se prémunir des visiteurs de la nuit qui ne sont pas forcement d’un bon conseil.
En Tunisie, il est bien beau que les nouveaux gouvernements ne soient désormais plus au service des partis, mais doivent aussi ne pas tomber dans le piège des lobbies.
Jalel JEDDI