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Naoufel Brahimi El-Mili a-t-il copié Mezri Haddad sur le « printemps arabe » ?

30 octobre 2012
in Chroniques
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Le printemps arabe : une manipulation ?, est le titre du livre qui vient juste de sortir aux éditions Max Milo et dont certaines télévisions et journaux français commencent à faire l’éloge : Le Monde, Le Huffington Post, Le Temps d’Algérie, TV5-Monde… Son auteur, en collaboration avec Nicolas Beau, s’appelle Naoufel Brahimi El-Mili. Il est d’origine algérienne et il est professeur à Science-Po Paris. Il s’agit de son premier livre.

Nous n’avons pas encore lu intégralement ce livre pour soupçonner son auteur d’une forme quelconque de plagiat, mais nous avons en revanche lu, dès son apparition, le livre du philosophe tunisien Mezri Haddad, La face cachée de la révolution tunisienne. Islamisme et Occident : une alliance à haut risque, publié aux éditions Arabesques (Tunis), en septembre 2011, ensuite réédité en France en décembre de la même année, aux éditions Apopsix. Les similitudes entre les thèses défendues par Mezri Haddad et les déclarations récentes de Naoufel Brahimi el-Mili sont, en effet, troublantes.
Déjà dans un article publié par Al-Watan le 14 janvier dernier, article au titre bien révélateur, «Le Qatar, un redoutable sous-traitant», M.Brahimi el-Mili a clairement accusé cet émirat d’être derrière le «printemps arabe», en tant que sous-traitant de l’agenda américain. Plus exactement du projet néoconservateur de Grand Moyen-Orient. Selon lui, «L’émir Cheikh Hamed ben Khalifa Al-Thani, qui dirige le Qatar depuis 1995, met son pays en situation de sous-traitance pour contribuer à réaliser la version actualisée du projet du Grand Moyen-Orient, mais plus recentrée sur les Républiques arabes pour en faire une sorte de «petite Afrique du Nord… L’émir du Qatar trouve dans ces révoltes arabes le moyen de construire une diplomatie agressive contre les dictatures, mais au service de la politique occidentale. Doha est ainsi la première capitale où s’est rendu le leader islamiste, Rached Ghannouchi, après la victoire de son parti Ennahdha au premier scrutin libre, non seulement de la Tunisie, mais aussi de tous les pays du «printemps arabe». Toujours selon M.Brahimi el-Mili, « Avec sa chaîne d’information Al Jazeera, Doha détient une arme de propagande redoutable, véritable machine de guerre contre les pays cibles qui sont exclusivement des Républiques et non des monarchies».
Si l’auteur défend dans son récent ouvrage ce genre de thèses, on peut alors dire que M. Haddad a fait des émules à Sciences-Po ! Dans son livre La face cachée de la révolution tunisienne, il a été le tout premier intellectuel arabe à tirer la sonnette d’alarme en affirmant que «le printemps arabe va virer à l’hiver islamiste», une formule que tout le monde reprend depuis, sans bien évidemment citer son auteur. Mais notre philosophe national ne s’est pas contenté de lancer des formules chocs de ce genre, ou encore «Allah est grand et BHL est son prophète»… Il a décortiqué la «révolution du jasmin» puis le «printemps arabe», d’un point de vue politique et géopolitique et avec une clairvoyance remarquable. Lorsque tout le monde était dans le romantisme révolutionnaire, il a par exemple osé dire que «l’islamisme triomphera et pas seulement en Tunisie, parce que c’est écrit. Non guère par la main d’Allah, mais par celle d’Obama, la colombe aux ailes de faucon, et par Hillary Clinton, l’hirondelle du printemps arabe».

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Quant au rôle du Qatar dans ces révolutions arabes «spontanées», M.Haddad en parle longuement dans son livre avec des arguments irréfutables. Il consacre tout un chapitre à la télévision de propagande qatarie, chapitre qu’il intitule ironiquement «Al-Jazeera, une chaine pour esclaves». Un jeu de mot pour indiquer que cette télévision «réactionnaire au service des révolutionnaires» n’exerce pas «un pouvoir médiatique sur l’opinion arabe mais un pouvoir hypnotique», tellement son influence est grande sur, non pas des spectateurs mais des «esclaves», comme il dit. Et depuis la publication de son livre, ce redoutable polémiste mène une violente campagne contre ce qu’il appelle «l’émirat bédouin», notamment sur France 24 et récemment dans le Nouvel Observateur, où il a publié un article, parrainé par Laurent Joffrin et intitulé «Le Qatar investit dans les banlieues : une tactique pour étendre le néo-wahhabisme» (10/10/2012). Cet article a fait  l’effet d’une bombe dans les milieux politiques et médiatiques français, en fissurant le mur du silence qui entoure cet émirat «au wahhabisme bien prononcé et au prosélytisme très sournois».
Le livre de M.Naoufel Brahimi el-Mili vient, mieux vaut tard que jamais, confirmer toutes les intuitions de notre philosophe national que notre opinion publique tunisienne avait si mal et si injustement jugé. Le mot qu’il avait employé le 13 janvier 2011 dans l’émission de Jean-Jacques Bourdin sur BFM.TV avait marqué tous les esprits. Et pour cause : la propagande islamistes avait exploité et défiguré l’expression «horde fanatisée» pour se débarrasser de l’adversaire qu’ils redoutent le plus, à savoir M.Mezri Haddad. Mais la même opinion publique tunisienne a compris depuis le sens clair et la signification cachée de ce mot par lequel l’ancien ambassadeur tunisien ne désignait point le peuple tunisien, mais les activistes islamistes, qui étaient déjà massivement présents, pas seulement sur Internet, mais également derrière les troubles de Sidi Bouzid, de Kasserine, de Sfax et de Tunis. Une « horde fanatisée » que le commun des mortels ne pouvait voir et que seul M.Haddad a pu deviner et su dénoncer.                    
Pour lui rendre justice, je voudrai terminer cet article par une dernière citation de son livre, là où notre philosophe visionnaire écrit : «Derrière cette ivresse de la liberté et ce triomphe de la démocratie, se profilent trois poisons mortels : la tentation de l’intégrisme, la sublimation de l’anarchisme et l’abandon de la souveraineté. Au cas où mes compatriotes ne le sauraient pas encore, il y a pire que la dictature : l’anarchie. Et il y a plus tragique que l’anarchie : la guerre civile. Et il y a plus affligeant que la guerre civile : le retour du colonialisme». En tant qu’homme politique, on peut dire que M.Mezri Haddad a échoué… pour le moment ! Mais en tant que philosophe, il a incontestablement eu raison contre tous et avant tout le monde. Jusqu’à présent, sur bien des événements, l’Histoire lui a rapidement donné raison. Espérons seulement que sur le risque d’une guerre civile, l’Histoire lui donnera tort.    

Samira Hendaoui

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