La députée Fatma Mseddi a publié une mise au point sur sa page Facebook, évoquant l’information transmise à l’Assemblée des représentants du peuple selon laquelle les ministres et directeurs généraux seront absents durant tout le mois de mai.
« La question est simple : comment exercer notre rôle de contrôle en l’absence de ceux que nous devons contrôler ? », s’interroge-t-elle. Tout en réaffirmant son respect des institutions de l’État et des priorités de l’exécutif, la députée insiste : « le contrôle parlementaire n’est pas une option, mais une obligation constitutionnelle ».
Elle rappelle ainsi que ce rôle ne sera pas suspendu, soulignant que le mécanisme des questions écrites, garanti par la Constitution, sera mobilisé avec sérieux pour interpeller le gouvernement et faire émerger la vérité.
Sur le plan législatif, Fatma Mseddi assure que les travaux se poursuivront sans entrave. « Plusieurs propositions de loi émanant des députés ne nécessitent pas la présence du gouvernement pour être adoptées. Nous continuerons à les défendre et à les faire avancer », précise-t-elle.
La parlementaire met également en garde contre un contexte « délicat », à trois jours seulement de l’expiration du mandat légal de l’Instance supérieure indépendante pour les élections. Elle s’interroge dès lors sur la gestion de cette phase sensible en l’absence de l’exécutif.
Dans ce contexte, le journaliste Sarhane Chikhaoui, fin connaisseur des arcanes parlementaires, a livré une analyse critique de cette décision. Selon lui, « il s’agit d’un précédent inédit : jamais une décision similaire, suspendant de facto la fonction de contrôle, n’a été prise ». Il souligne également que « l’unique espace d’apparition des membres du gouvernement dans un cadre de débat – et non de communication – à savoir les deux chambres parlementaires, a été abandonné ».
Il ajoute que le refus des ministres de se présenter « s’ajoute aux témoignages de plusieurs députés faisant état du refus de certains responsables – gouverneurs, directeurs ou délégués – de les recevoir sur des dossiers liés aux citoyens », ce qui, selon lui, « place les parlementaires dans une situation d’isolement total vis-à-vis de l’exécutif ».
Plus encore, Sarhane Chikhaoui estime que « le Parlement ne sera pas en mesure de tenir des séances plénières ni d’adopter des textes de loi en l’absence des ministres », pointant ainsi un risque de blocage institutionnel.
Enfin, il conclut en évoquant une riposte possible : « Les députés envisagent de se mobiliser contre cette décision, mais jusqu’où seront-ils capables de remettre en cause ce qui a été acté ? », s’interroge-t-il.
De son côté, la députée Majdouline Ouerghi a tenu à préciser qu’« il n’est pas constitutionnel pour la cheffe du gouvernement de suspendre ou d’entraver les travaux du Parlement, cela ne relève pas de ses prérogatives ». Elle confirme que l’Assemblée a été informée de l’indisponibilité des ministres et directeurs généraux durant le mois de mai pour des engagements gouvernementaux, tout en assurant la poursuite normale des travaux parlementaires, avec notamment une prochaine séance plénière prévue le 12 mai 2026.
En conclusion, les deux députées affirment qu’il ne s’agit pas d’un conflit avec le gouvernement, mais d’un refus clair de toute marginalisation du pouvoir législatif. « Le Parlement continuera d’assumer pleinement ses missions : contrôle, législation et reddition des comptes », insistent-ils, rappelant que « l’État fort repose sur le respect de la Constitution, l’équilibre des pouvoirs et le refus de transformer des mesures provisoires en situation permanente ».

