
Depuis l’avènement du gouvernement de la Troïka, ses relations avec la presse ont toujours étaient caractérisées par une nette tension et un
manque de confiance remarquable. Alors que ce gouvernement accuse la majorité de la presse tunisienne d’un manque de neutralité et d’objectivité dans le traitement des informations, les journalistes ne cessent d’accuser le gouvernement de vouloir confisquer la liberté d’expression acquise grâce à la révolution.
Dans ce climat malsain et pour des considérations politiques, chaque partie essaye de tirer les ficelles pour son compte. C’est pour cela, qu’on a jugé utile d’analyser, dans le fond, certaines requêtes exprimées par les instances du journalisme telles que le Syndicat National des Journalistes Tunisiens, la Haute Instance des réformes des médias, l’Association des Directeurs de Journaux. Surtout que ces requêtes risquent d’avoir des effets négatifs sur les journalistes.
Je me permets dans ce sens de penser que la requête faite par les organisations syndicales de la presse écrite et audiovisuelle, et consistant à accorder à ces mêmes organisations, le droit exclusif et inaliénable d’octroyer « la Carte de Presse », sans référer à une autorité gouvernementale, constituerait un abus de pouvoir.
Le modèle de démocratie que le premier gouvernement élu œuvre à mettre en place ne peut souffrir d’une structure unipolaire, quelles que soient les bonnes intentions de celle-ci.
Je me permets aussi de critiquer la volonté de certains syndicats et associations de vouloir créer un lobby pour monopoliser le droit de tutelle sur le libre exercice de la profession de Journaliste, tous moyens d’expression confondus. Surtout que la tutelle monocéphale que certaines de ces parties veulent exercer sur le libre exercice de la profession serait, selon notre humble avis, contraire à tout esprit de neutralité, d’équité et d’efficacité.
Lors de cette période où la démocratie tunisienne fait ses premiers pas, > nous pensons que c’est au gouvernement de jouer le rôle de modérateur entre les différents corps de la profession et de protéger la démocratie contre tous ceux qui se permettent de lui faire courir des risques et agissent dans le but d’aliéner sa saine évolution.
Je pense qu’il n’est pas utile de rappeler à ceux qui veulent instrumentaliser les médias à des fins politiques que le gouvernement est mandaté par le peuple, sous la tutelle de l’Assemblée Nationale Constituante, seule légitimité de Droit et de Fait.
Les syndicats et Associations concernés font certes référence à des modèles étrangers. Il n’y aurait lieu, ni de contester leur légitimité, ni leur bon droit, ni leur efficacité. En revanche, nous rappelons qu’il n’est pas aisé d’extrapoler des modèles, sans une profonde réflexion et une étude comparative intelligente et réfléchie.
Aussi, je pense qu’il ne serait pas judicieux d’importer des modèles. L’importation de modèles n’exige-t-elle pas une correction d’échelle et une adaptation intelligente à nos spécificités culturelles, légales, procédurales et organisationnelles, soit à notre caractéristique propre, et à notre stratégie dynamique et évolutive de l’organisation de la chose publique.
A mon avis, substituer totalement les commissions ad hoc à l’autorité de l’Etat, concernant la gestion du droit à la carte de presse, pourrait entrainer :
-Le transfert de l’Autorité publique vers une autorité non publique ;
-Un transfert de pouvoir unilatéral et irréversible ;
-Créer un rapport de force en déséquilibre permanent, d’une part entre le journaliste, demandeur d’une carte de presse ou risquant le retrait de celle-ci ; et d’autre part, avec les organisations professionnelles et syndicales.
Ce genre de monopole acculerait le journaliste à être un quémandeur de la bénédiction de cette structure ; et impliquerait une relation équivoque de « dominant à dominé ». Ce que la Révolution a combattu et continue de combattre.
Face à cette situation de blocage, dont les journalistes sont les premiers victimes dans l’exercice de leur métier puisque ils n’ont jusqu’à présent pas de vis-à-vis pour leur délivrer leur carte de presse pour l’année 2012, je pense qu’il est très urgent de créer une commission autonome, indépendante et pluridisciplinaire, sous la tutelle du Premier Ministère, ou toute autre personne qu’il délèguerait.
Cette commission plurielle comporterait :
-Un représentant de la Présidence du Gouvernement ;
-Des représentants des différents ministères ayant une relation utile au journalisme sous toutes ses formes;
-Un représentant du Syndicat des journalistes;
-Un représentant de la Haute Instance des réformes des médias;
-Un représentant de l’association des directeurs de journaux;
-Un représentant du Syndicat des directeurs des médias;
-Un représentant de l’association des jeunes journalistes;
-Un universitaire, chercheur ou enseignant dans le domaine du journalisme.
La mise en place rapide de cette commission éviterait de mettre la presse tunisienne sous n’importe quelle autorité. Ni le gouvernement ne pourra agir à sa guise, ni les syndicats ne pourront faire ce qu’ils veulent. Les journalistes seront libres et ne dépendront d’aucune autorité.
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