Il est vrai que les coupures répétées d’électricité et d’eau mettent à rude épreuve le quotidien de nombreux citoyens. En pleine période de canicule où les gens suffoquent, ces interruptions perturbent la vie des familles, pénalisent les commerces, compliquent le fonctionnement des établissements de santé et rendent les conditions de vie particulièrement difficiles. Face à cette situation, la colère et le sentiment d’abandon sont compréhensibles.
Il est parfaitement légitime que les citoyens expriment leur mécontentement et revendiquent leur droit à des services publics fiables. La protestation est un droit fondamental dans toute société qui respecte les libertés. Elle permet d’alerter les autorités, de faire entendre des revendications et d’obtenir des réponses à des problèmes qui affectent le quotidien.
En revanche, certaines formes de protestation soulèvent une véritable problématique. La fermeture des routes et le blocage de la circulation ne touchent pas uniquement les autorités ou les responsables des défaillances. Ils pénalisent avant tout d’autres citoyens : des travailleurs qui tentent de rejoindre leur emploi, des ambulances en intervention, des familles en déplacement ou encore des touristes qui se retrouvent pris en otage par ces blocages anarchiques des routes comme cela a été le cas la semaine dernière du coté de Métlaoui, hier à Hammamet et Nabeul et aujourd’hui à Belli.
En voulant dénoncer une injustice, on risque ainsi d’en créer une nouvelle.
Les désagréments causés par les coupures de l’électricité et de l’eau ne peuvent justifier que l’on prive d’autres personnes de leur liberté de circuler. Une revendication juste perd de sa force lorsqu’elle se traduit par des actions qui prennent la population en otage et alimentent les tensions.
Les pouvoirs publics ont la responsabilité d’apporter des solutions durables, d’améliorer les infrastructures et de communiquer avec transparence sur les causes des perturbations et les mesures envisagées. Les citoyens, de leur côté, ont le droit d’exiger des comptes, mais aussi la responsabilité de veiller à ce que leurs actions de protestation ne portent pas atteinte aux droits des autres.
Une société avance lorsque chacun assume sa part de responsabilité. Les autorités doivent garantir des services essentiels de qualité. Les citoyens doivent pouvoir exprimer leur colère, mais dans le respect de l’intérêt général.
La colère est légitime. Les revendications le sont tout autant. Mais la liberté de protester ne doit jamais se transformer en liberté de bloquer la vie des autres. Car les victimes des barrages routiers sont, bien souvent, les mêmes citoyens qui subissent déjà les coupures d’eau et d’électricité.
KBM

