
Et bien ca y est ! Zinochet parti, Sakher en cavale, les Trabelsi traqués aux quatre coins du monde… La Tunisie est libre ! Elle a bien changé,
en quelques jours à peine.
Période de transition oblige, rien n’est parfait encore, au contraire. Mais on ne peut pas demander de miracles au gouvernement transitoire.
En attendant, on voit les manifestations se multiplier. Pour une augmentation de salaire, pour de meilleures conditions de travail, contre des momies du RCD toujours en place… Tout le monde s’y met.
C’est au nom de cette nouvelle liberté d’expression que je veux vous faire part de mon opinion sur certains évènements des derniers jours.
Un nouveau mouvement a fait son apparition à Tunis il s’agit du Mouvement Ettahrir, une organisation plutôt discrète, mais bien connue au Moyen-Orient. A différentes reprises, ces personnes ont initié ou participé à des actions sur le grand Tunis sur l’Avenue de la Liberté devant la synagogue, sur l’Avenue Habib Bourguiba ou encore devant l’Ambassade d’Egypte à Montplaisir.
Les partisans réclament l’abolition de la République et l’instauration d’un califat pan-arabe, dans lequel le seul régime de lois en vigueur serait la charia.
Un des slogans les plus repris sur leurs drapeaux est « الأمة تريد خلافة إسلامية », la communauté des croyants exige un califat islamique. D’ailleurs on n’y voit pas que des hommes, sur une des vidéos, une poignée de femmes vêtues de niqabs noirs mène le bal.
Un tableau plutôt inhabituel pour la Tunisie que nous connaissons. Plus étonnantes encore, ces images qui montrent les manifestants assaillir la synagogue de Tunis, avec des cris de « Allahou akbar ».
J’ai dû rater un épisode, à ma connaissance la communauté juive n’a joué aucun rôle dans la révolution… Pour continuer dans l’illogique, hizb Ettahrir affirme dans ses communiqués tolérer sur son territoire les adeptes des religions du livre.
Décidément, ils ont mal informé leurs nouveaux amis tunisiens – preuve par ailleurs du manque de communication et de réflexion au sein du groupe. Les manifestants ont cependant repris les grandes lignes du discours : « non au capitalisme et à la démocratie, oui au califat ».
Vous avez bien lu : non à la démocratie ! Et, je le précise, c’est bien pour ces idées très extrémistes que hizb Ettahrir est interdit dans de nombreux pays du monde musulman, au Moyen-Orient, en Asie, et entre autres en Allemagne et en Russie.
Plus fort encore : des organisations musulmanes, par exemple le Conseil Musulman du Royaume-Uni, se battent pour faire interdire hizb Ettahrir dans leur pays ! Le parti est jugé contre-productif.
Car bien que réputé non-violent au sens physique (pas d’attentats à la bombe…), il n’en est pas moins violent au niveau de la pensée. Ni par rapport aux lois qu’il est susceptible d’imposer, ainsi les infidèles, par exemple, devraient être exécutés sous trois jours.
Difficile d’imaginer cela à Tunis. Pourtant, les sympathisants sont là et risquent de devenir de plus en plus nombreux.
C’est pour cette raison que j’appelle tous les DEFENSEURS DE NOS LIBERTES à agir pour empêcher l’accession de telles personnes au pouvoir ! On ne peut pas tolérer, au nom de la démocratie, un mouvement qui porte atteinte à autrui.
Le si souvent répété « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » d’ailleurs s’y applique très bien… Il m’est complètement égal ce que croient ou font ces personnes dans leur temps libre, comment elles s’habillent et si elles ont de la barbe ou pas. Mais de là à vouloir imposer un mode de vie et un régime politique au reste de la population, c’est insensé.
Il est clair que pour l’instant, ils ne sont qu’une poignée. Inutile de créer la panique générale, ils ne représentent d’aucune manière l’opinion de la majorité du peuple tunisien.
Mais il faut rester vigilant. Ils visent des personnes simples, de basse classe sociale, crédules… (pardonnez-moi ce jugement, je ne veux dénigrer personne mais à mon avis ce sont les faits…).
Alors soyons à l’affût, tentons le débat, proposons des visions alternatives… Vu la gravité de leurs aspirations, il est du devoir du citoyen de ne pas rester passif, peu importe que l’on défende une Tunisie laïque ou un islam modéré. Vous nous imaginez vivre dans un califat ? Et bien moi non plus ! Mais au lieu d’insultes, montrons-leur que nous avons des arguments réels et nos raisons pour refuser leurs idées.
Une observation pour finir : on m’a souvent parlé ces derniers jours de Tunisiens rentrés au pays après un long exil (pour raisons politiques bien sûr). Rached Ghannouchi n’en est qu’un exemple.
Il semblerait qu’on assiste réellement à une sorte de migration, tombant évidemment pile poil à un moment clé de la réorganisation politique.
Ces personnes s’introduisent en leaders, ainsi par exemple de nouveaux imams au discours quasi-wahhabite, parlant un arabe fleuri teinté d’un accent oriental… Elles ont bénéficié d’une formation approfondie et n’attendent que la bonne occasion pour canaliser et manipuler une foule naïve, en quête d’un dirigeant charismatique.
J’espère que chaque Tunisien (et autre) possédant un peu de bon sens réfléchira à mes propos. Je ne suis pour aucune position extrême, j’estime les bikinis aussi déplacés sur l’Avenue Habib Bourguiba que le niqab pour toutes.
Je ne proclame ni l’athéisme ni le fondamentalisme. Je ne prône ni la destruction des synagogues ni le sionisme. Je ne prétends pas connaître la vérité absolue, alors que le reste du monde patauge dans l’erreur.
Simplement, j’estime que hizb Ettahrir pourrait représenter un danger pour l’avenir de la Tunisie. Ne les laissons pas, au nom de la démocratie, nous la reprendre. D’ailleurs notre nouveau Ministère de l’Intérieur a promis de suivre l’affaire de très près.
Par Selma Abdelhamid
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