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Rentrée scolaire: qui sauvera l’école publique tunisienne ?

15 septembre 2026
in Actualités, Chroniques
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Rentrée 2026 : plus de 672 millions de dinars investis dans l’infrastructure scolaire
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Par Brahim Oueslati

Par-delà les chiffres de la rentrée, c’est l’avenir de l’école publique tunisienne qui se joue. Près de 2,34 millions d’élèves reprennent aujourd’hui le chemin des classes, encadrés par quelque 160 300 enseignants. Une rentrée qui aurait pu être celle du renouveau. Elle intervient pourtant dans un système éducatif qui continue de cumuler les fragilités, les inégalités territoriales et sociales, les difficultés d’infrastructure et une perte progressive d’attractivité face au secteur privé.

Chaque rentrée scolaire ressemble désormais à un rituel bien rodé : chiffres des effectifs, annonces de nouveaux établissements, distribution de tables, promesses de rénovation et discours sur la réforme. Mais derrière ces statistiques se trouve une réalité beaucoup plus contrastée. Celle d’une école publique qui reste indispensable à la cohésion sociale, mais qui peine à offrir partout les mêmes conditions d’apprentissage.

8,7 milliards de dinars : davantage d’argent, mais pour quelle transformation ?

Le budget du ministère de l’Éducation pour 2026 atteint 8,7 milliards de dinars, contre 8,044 milliards en 2025, soit une progression de 656 millions de dinars, ou environ 8,16 %.

Rapporté au budget global de l’État, fixé à 79,624 milliards de dinars, le budget de l’Éducation représente environ 10,9 % des dépenses budgétaires prévues.

Le chiffre est important, mais il ne suffit pas à lui seul à mesurer l’effort réel consenti en faveur de l’école. Car la question fondamentale n’est plus seulement de savoir combien l’État dépense, mais comment il dépense et pour quels résultats.

Une part considérable des crédits est absorbée par les dépenses de fonctionnement et les rémunérations. C’est compréhensible dans un système qui compte plus de 160 000 enseignants. Mais cette structure budgétaire réduit mécaniquement les marges disponibles pour moderniser les établissements, renouveler les équipements, développer le numérique, améliorer les laboratoires et investir dans la formation des enseignants.

Autrement dit, augmenter le budget est nécessaire. Mais réformer la manière de le dépenser est devenu indispensable.

Le privé gagne du terrain

Pendant ce temps, l’enseignement privé poursuit son expansion. Le nombre d’écoles primaires privées autorisées est passé de 774 à 811 entre les années scolaires 2024-2025 et 2025-2026.

Cette progression n’est pas seulement une affaire commerciale. Elle traduit aussi une évolution du rapport des familles à l’école publique. Lorsqu’un nombre croissant de parents accepte de supporter des frais supplémentaires, parfois lourds, pour inscrire leurs enfants dans le privé, c’est qu’ils recherchent autre chose : davantage d’encadrement, des classes moins chargées, une continuité pédagogique ou simplement le sentiment d’offrir à leurs enfants de meilleures chances.

Certaines données illustrent cette différence : le ratio élèves par classe est estimé à 20,5 dans le privé contre 28,7 dans le public.

Le risque est alors de voir se dessiner une école à deux vitesses : celle des familles qui peuvent financer une scolarité privée et celle de tous les autres.

Or, une telle évolution serait particulièrement dangereuse pour un pays dont l’école publique a historiquement constitué l’un des principaux instruments de mobilité sociale.

L’école, victime des inégalités territoriales

Il suffit de sortir des grands centres urbains pour mesurer une autre dimension du problème. Dans certaines régions intérieures et rurales, l’école reste confrontée aux difficultés de transport, à l’éloignement, à l’état parfois précaire des bâtiments et à l’accès inégal aux équipements.

La Tunisie ne peut accepter que le lieu de naissance détermine les chances de réussite scolaire.

Une école située dans une grande ville ne devrait pas disposer de moyens, d’équipements et d’opportunités que l’on refuse, de fait, à une école d’une région intérieure.

La véritable réforme éducative devrait donc commencer par là : réduire les écarts entre les territoires avant même de parler de performance globale.

Réhabiliter l’école avant qu’il ne soit trop tard

La question dépasse largement celle de la rentrée scolaire 2026.

Elle touche au modèle de société que la Tunisie veut construire.

Une école publique affaiblie produit mécaniquement davantage d’inégalités. Une école qui perd ses meilleurs élèves au profit du privé finit par perdre aussi une partie de sa capacité à jouer son rôle de creuset national. Une école qui ne se réforme pas assez vite face aux mutations technologiques condamne une partie de sa jeunesse à subir plutôt qu’à accompagner les transformations du monde.

Il ne suffit donc plus d’annoncer, à chaque rentrée, quelques établissements supplémentaires, quelques milliers

La Tunisie a déjà démontré, au lendemain de l’indépendance, qu’elle pouvait faire de l’éducation un formidable levier de transformation sociale.

Aujourd’hui, le pays doit retrouver cette ambition.

Car l’enjeu n’est pas simplement de faire entrer 2,34 millions d’élèves dans les classes chaque mois de septembre. L’enjeu est de savoir ce que ces millions de jeunes trouveront au bout de leur parcours : une école capable de leur ouvrir les portes de l’avenir ou une institution progressivement dépassée par les réalités de son époque.

Si l’on veut éviter que l’école publique ne devienne définitivement synonyme d’échec, d’inégalité et d’exclusion, il faudra rompre avec les demi-mesures et faire un choix clair : investir dans son avenir, mais surtout investir intelligemment, avec une vision, des objectifs et une véritable évaluation des résultats.

Car une nation qui néglige son école ne compromet pas seulement sa rentrée scolaire. Elle compromet son avenir.

B.O

Tags: Brahim Oueslatirentrée scolaireTunisie
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