Face à l’aggravation du stress hydrique et aux effets du changement climatique, la valorisation des ressources en eau non conventionnelles, notamment les eaux usées traitées, s’impose comme l’un des piliers de la stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050.
Cette orientation a été au cœur d’une séance d’audition organisée le 16 juillet 2026 par la Commission des secteurs productifs du Conseil national des régions et des districts (CNRD), en présence de représentants des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement.
À cette occasion, les représentants du ministère de l’Agriculture ont indiqué que la stratégie nationale de l’eau repose sur 43 programmes et près de 1 200 mesures. Plus de la moitié des investissements prévus (53 %) seront consacrés aux programmes de réutilisation des eaux usées traitées dans l’agriculture. L’objectif est de porter leur taux de valorisation à 70 % d’ici 2050.
La stratégie prévoit également d’améliorer les performances des infrastructures hydrauliques, avec un rendement des réseaux d’irrigation porté à 83 % et celui des réseaux d’eau potable à 85 %. Elle s’accompagnera de réformes institutionnelles destinées à renforcer la gouvernance du secteur de l’eau.
Les responsables ont rappelé que l’utilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation remonte à 1965. Aujourd’hui, ce dispositif couvre 36 périmètres irrigués répartis dans 17 gouvernorats, représentant une superficie aménagée de 7 819 hectares. Toutefois, seules 2 778 hectares sont effectivement exploités, soit 36 % des superficies équipées. En 2025, les volumes utilisés n’ont représenté que 10 % de la production totale des eaux usées traitées.
Les cultures irriguées grâce à cette ressource concernent principalement les arbres fruitiers (47 %) et les grandes cultures, notamment les fourrages (51 %). Une part plus limitée est destinée à l’irrigation des espaces verts et des cultures industrielles.
Afin d’accélérer la valorisation de cette ressource, les autorités prévoient d’intégrer les eaux usées traitées dans le bilan hydrique national. L’objectif est d’atteindre 450 millions de mètres cubes d’eaux réutilisées sur un potentiel estimé à 560 millions de mètres cubes à l’horizon 2050.
Le plan d’action comprend la réalisation de 120 projets, dont l’aménagement de nouveaux périmètres irrigués couvrant près de 56 000 hectares, la recharge des nappes phréatiques, l’irrigation des espaces verts et des terrains de golf, ainsi que l’approvisionnement en eau destinée aux usages industriels.
Sur le plan réglementaire, le ministère prépare un nouveau décret qui introduira une classification de la qualité des eaux en fonction de leurs usages et fixera les exigences sanitaires et sécuritaires applicables. Une plateforme électronique nationale sera également mise en place afin de centraliser les données relatives aux projets et de faciliter leur partage entre les différents intervenants.

