Depuis quelques années, la Tunisie est en proie à une flambée considérable du nombre de suicides, dus au marasme économique et social que subit la société. Une hausse qui selon la pédopsychiatre et présidente du comité de lutte contre le suicide, Fatma Charfi, a déjà été observée depuis plus d’une dizaine d’années.
Néanmoins, ce phénomène ne trouve aucune issue possible de s’en extraire , et ce en dépit de la création, en 2015, d’un comité qui a mis en place une stratégie nationale de prévention avec, notamment et pour la première fois, la collecte de chiffres au niveau national suit aux « signaux d’alarme » de nombreux professionnels.
L’an dernier, 365 cas de suicide ont officiellement été enregistrés pour une population de 11 millions d’habitants, soit une incidence de 3,27 pour 100.000. Les jeunes sont les plus touchés : près de la moitié des victimes ont entre 20 et 39 ans.
Un constat ahurissant, compte tenu de ces chiffres qui sont loin d’atteindre les taux exponentiels d’autres pays tels que 23,1 pour 100.000 au Japon et 33,5 pour 100.000 en Lituanie. Un fait qui, selon l’Organisation mondiale de la santé, reste extrêmement grave.
Pire encore : au vu de la complexité du fléau et au fait que le pays ne dispose pas encore de registre national, mesurer cette hausse reste complexe. Sous la dictature, « il n’y avait pas de données complètes. Il y avait ce complexe qui nous faisait dire que nous n’avons pas de suicides. Nous n’avons pas de violences », a déclaré à l’AFP Abdessattar Sahbani, du Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES).
« Quand on compare les données des quelques services de médecine légale des années 1990, 2000 et après 2010″, on constate que l’augmentation est là », a estimé, par ailleurs, Fatma Charfi. Et la réalité le prouve, car la hausse des immolations par le feu post-révolution sont devenues le deuxième acte suicidaire (plus de 15%) derrière la pendaison (presque 60%) et avant l’ingestion de médicaments (6,5%).
D’après les spécialistes, ce qui arrive en Tunisie après le geste de Bouazizi de 2011 est indéniable. De janvier à juin 2011, le pays a connu plusieurs dizaines de cas. Et des immolations et menaces de suicide par immolation, individuelles mais aussi collectives, se produisent toujours, qui dans la plupart des cas restent sous-scellées.
Selon Charfi, même si le suicide est toujours la résultante d’une accumulation de facteurs qui peuvent être dus à des maladies mentales comme la dépression ou la dégradation du climat économique et social, il est « navrant » de constater que ces cas désespères continuent d’augmenter depuis 2011. A qui est-ce la faute ?
C’est la victime qui est en premier lieu fautive de ce qu’elle se fait subir, mais aussi les médias qui peuvent avoir des effets dévastateurs, à cause de la surmédiatisation de ce phénomène, resté longtemps un tabou et interdit dans l’Islam. Aujourd’hui, le suicide est ouvertement abordé publiquement. « Le constat est malheureusement un peu affligeant pour la presse. On parle en Tunisie de suicide mais de manière inappropriée en général », a reconnu, lors d’un récent colloque, Ourida Boussada, enseignante à l’Institut de presse et des sciences de l’information.
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