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Tunisie: Algérie quand tu me cherches…

11 juillet 2011
in Chroniques
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Depuis le début de notre soulèvement, l’Algérie a affiché un silence septique. Une visite de connivence de notre fameux Béji Caid Essebsi

au tout début puis le black out.

Nous n’avons plus jamais entendu parler hormis quelques fuites par ci par là sur des activités de contrebandes louches sur les frontières tuniso-libyo-algérienne.  Du pipo, certainement pas, mais bon cela n’est pas à la une de nos infos.

Ce qui reste une priorité c’est cet esprit de solidarité qu’a  toujours possédé l’algérien oui l’algérien ce fou fougueux au million de martyrs vis à vis de tout ce qui est justice ou encore patriotisme.

Le nôtre semble malheureusement l’incommoder.

J’erre dans les rues d’Alger.
Alger la blanche de mes mille et une nuit.
Alger de ma jeunesse et de mes quatre cents coups.
Alger des étudiants fauchés et  de mes folies éphémères.
Alger des passions et des amours saints.
Alger  des manques et des restrictions budgétaires
Celui qui n’a pas été en Algérie n’a pas encore rien visité .
Je descends vers la grande poste,  Bab el Oued, la kasba puis  vire vers Zéralda un havre de paix.
Rien n’a changé à Alger …

Ou plutôt si mais l’âme de cette ville rebelle reste inchangée !

Je serpente  Chelef, Tiaret, Ain defla et Blida avec  son mont réputé sur  toute la lignée un itinéraire à deux roues et une course à gagner. Le trajet est tantôt plat tantôt rude et sinueux.

Ce qui est terrible en Algérie, c’est la rudesse de ses sentiers, le choc des reliefs du rude au plat du doux au gerçant mais surtout des angles obtus raides à l’image de ce peuple que je ne connais que trop bien.

On me souffle souvent tête de turc moi je préfère tête d’algérien parce que plus dur que ça, tu crèves !

Un journaliste ma foi des plus branleurs depuis le début de la course se tient dans l’illégalité du parcours.

Un observateur de notre équipe l’avertit du danger sur cette piste raide et dangereuse pour les cyclistes engagés.

Un raid d’injures et de  vocifération   sur la nullité des entraineurs et entraînés en insistant sur un finish des plus accablants :
« C’est bien fait pour vos gueules ce que Ben Ali vous a fait vous le méritez ! »

Le silence infecte les ambiances et contamine les esprits.

Comme à mon habitude, je me contiens peu. Je vire instantanément au rouge, l’empoigne du plus fort de ma personne, l’agrippe  du plus violent de mes actes, la plaque à terre de la plus puissante de mes prises.

Ma poigne est dans cette  voix qui monte du ventre de la terre. Elle est lame de rasoir, faucille sur ce terrain chaud et exaspéré.

Elle fauche les aigreurs qui montent, stérilisent les regards mauvais  et suspend les souffles déjà haletants.

Je reste dans mon emportement aussi invincible que le roc ou l’asphalte combiné.

Je le soulève le toise et fait tomber :
«  Un moins que rien ne me fera pas douter ni de l’algérien ni de l’Algérie. Rentre  sous terre misérable, tu fais honte à ton pays qui a avancé un million de martyrs pour sacraliser sa terre. Le mien est aussi noble en s’affranchissant récemment de ses tortionnaires.

Des mères ont sacrifié leurs enfants pour nous libérer et toi morveux,   tu viens cracher ta hargne sur leur sang frais mais ni nous ni nos algériens frères ne te permettent.

J’exige tes excuses et ton renvoi à la minute de cette course. L’humiliation et le déshonneur ne sont que le lot des perdants, le tien avec tes exemples à la Ben Ali. »

Un silence corrompt encore  le paysage, la terre s’agite et gronde sous mes pieds.
Des Allahou akbar fusent de partout. On me soulève, baise mes mains et mon corps.
Nos deux hymnes nationaux, les deux drapeaux et l’énergumène penaud et déshonoré s’arrache des excuses et part au galop.

Ce qui me désole c’est la méchanceté de certains, ils louchent d’une tromperie qu’une autre vilainerie rattrape sans vergogne ni scrupule.

Ce qui me chavire et me rend follement heureuse, c’est cette quantité de ressources dans nos populations.

Ce qui me rend maladivement triste,  c’est la gratuité des violences faites à l’homme désarmé.
Ce qui me rend terriblement confiante, c’est la force de la solidarité des désarmés, des moins futés, des simples, des moins aisés, des plus vulnérables, des plus exposés, des plus asservis , des plus disponibles, des plus aimants et aimés.

Ce qui me rend sensible et extrêmement croyante,  c’est l’invulnérabilité de ces liens qui se tissent en dehors des traquenards et des combines des gouverneurs pour perdre leurs gouvernés.

Ce qui me rend tenace et  sûre de moi, c’est nos valeurs incontestées, nos mœurs partagés notre humanité !    

Alors ni Caid Essebsi ni Bouteflika et son hospitalité  tacite aux fuyards (famille de zaba) n’arriveront à nous ébranler et à semer la zizanie entre les deux peuples.

De la rancune mes amis de la rancune qu’ils vendent sans hésiter en aggravant des intox et en dispersant les affinités.

Nous comprenons, par respect de volonté en tant que peuple tunisien, que l’algérien opte pour le mutisme sortant depuis peu de guerres sanglantes et de beaucoup d’affront mais nous ne saurons comprendre s’il se laisse berner par des ripoux des voleurs et autres suceurs de sang ou qu’il se laisse étreindre par  des intox dont certains esprits malsains  calomnient mon pays pour le déperdre ou faussement le désécuriser. Ne les écoutez point, ils sont abîme et géhennée.

Continuer à venir mes amis des plus nombreux dans cette terre d’accueil qui vous a toujours été réservés !

Par Lilia Bou

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