Tunisie: décès de l'ancien ministre Driss Guiga

Tunisie: décès de l'ancien  ministre Driss Guiga

L’ancien ministre tunisien Driss Guiga, figure du mouvement national et proche du président Habib Bourguiba, est décédé ce dimanche 19 avril 2026 à l’âge de 101 ans. L’annonce a été faite par son fils, le Dr Moncef Guiga, sur sa page Facebook.

Né à Testour dans une famille modeste — son père était instituteur — Driss Guiga poursuit ses études au Collège Sadiki à Tunis. Très tôt engagé dans la lutte nationale, il rejoint le mouvement nationaliste à l’âge de quatorze ans. Il évoquera plus tard un épisode marquant de son adolescence : l’arrestation, le 8 avril 1938, de son professeur Ali Belhaouane, figure du Néo-Destour. Cet événement déclenche une grève générale et la fermeture du collège pendant deux mois.

Il intègre par la suite une cellule clandestine du Néo-Destour, où il rencontre Habib Bourguiba, auquel il restera politiquement fidèle. Entre 1944 et 1947, il poursuit des études de droit et d’histoire à l’université d’Alger, où il rencontre sa future épouse, Chacha, artiste peintre. Il complète ensuite sa formation à Paris, obtenant en 1949 un diplôme de droit privé.

De retour en Tunisie, il rejoint le cabinet d’avocats de son oncle Bahri Guiga et entame parallèlement une carrière journalistique au sein du journal Mission, fondé par Hédi Nouira. En 1952, il est arrêté par les autorités coloniales et emprisonné durant sept mois.

Une carrière politique marquée par des responsabilités clés

Après l’indépendance en 1956, Driss Guiga occupe plusieurs fonctions importantes : secrétaire général de l’Assemblée nationale, directeur de l’administration régionale, puis directeur général de la sécurité au ministère de l’Intérieur. Il dirige ensuite l’Office national du tourisme avant d’être nommé ministre de la Santé en 1969, succédant à Hédi Khefacha.

Le 17 mars 1973, il devient ministre de l’Éducation nationale, puis est nommé ambassadeur à Bonn en 1976, une affectation interprétée par certains comme une mise à l’écart sous le gouvernement de Hédi Nouira. Il revient au premier plan en 1980 en étant nommé ministre de l’Intérieur, en remplacement d’Othman Kechrid.

Les années de rupture

Lors des « émeutes du pain » de 1983-1984, Driss Guiga appelle à la démission du gouvernement. Accusé de « haute trahison », il est condamné par contumace à dix ans de prison, ses biens étant saisis. Mohamed Mzali lui succède alors au ministère de l’Intérieur.

Contraint à l’exil, il s’installe à Londres, où il travaille comme conseiller auprès de l’homme d’affaires saoudien Chamseddine el-Fassi. À la suite de l’arrivée au pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali en novembre 1987, il rentre en Tunisie mais est brièvement incarcéré. Il est finalement condamné à une peine de prison avec sursis avant d’être libéré.

Une retraite discrète

Installé à Hammamet, Driss Guiga mène une vie discrète, consacrée à la lecture. Il confiait lire régulièrement deux ouvrages simultanément, en arabe et en français. Parmi ses lectures figure notamment l’essai Nous n’avons jamais lu le Coran de Youssef Seddik.

Avec la disparition de Driss Guiga, la Tunisie perd un témoin et un acteur majeur de son histoire politique contemporaine.

 

 

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