
Deux époques, deux régimes, même pratique. A en juger par le projet de loi initié par Ennahda, le CPR et Wafa et réservé à la protection de la révolution et à l’élimination des caciques de l’ancien régime, on mesure à quel point la dénonciation et la délation sont inscrites dans les pratiques et les mœurs de la classe politique tunisienne plus soucieuse de se maintenir au pouvoir que de la paix civile et l’harmonie sociale.
Si avant les bourreaux étaient de la police politique et les victimes de la délation étaient les simples citoyens qui fréquentaient assidument les mosquées et chez qui on soupçonnait une activité ou un lien avec les islamistes, nous voila aujourd’hui dans la même configuration mais avec une inversion des protagonistes. Les victimes d’hier deviennent les bourreaux d’aujourd’hui. Ainsi on va scruter parmi la population toutes les personnes qui ont eu un lien direct ou indirect avec l’ancien régime, un soupçon et une suspicion pèsent sur toute la population active qui a servit non pas le régime mais son pays avec abnégation et humilité.
Quelle société veut-on construire et quelle harmonie sociale veut-on instaurer dans ce mélange des genres et cette confusion qui fera éclore les milices de dénonciation et de la traitrise ? Quel modèle sociétal veut-on imposer quand l’honneur et l’intégrité des honnêtes gens sont suspendus, en vertu de ce projet de loi stalinien, au bon vouloir d’une police et d’une justice parallèles agissant sous couvert de la légitimité révolutionnaire ? Une légitimité qui vise à servir le régime en place, à écarter toute opposition politique et à discréditer tout esprit libre en les calomniant et en les diffamant.
La dénonciation et la délation sont le propre des dictatures staliniennes, totalitaires et sanguinaires .Pourvus d’une autorité morale partisane et royalement rétribués, les dénonciateurs organisés en milices, remplaceront la police politique et feront de la délation une arme au service du régime pour écarter un adversaire, éliminer un concurrent et discréditer un opposant.
Un système machiavélique et une dictature d’un autre monde où les obscurs sbires du régime totalitaire disposeront du bâton de la calomnie, du mensonge et de l’atteinte à l’intégrité morale des honnêtes gens en se permettant de dire n’importe quoi sur n’importe qui. Ces voyous de la république pourront pratiquer les pires chantages, escroquer et extorquer librement les citoyens libres et indépendants avec la complicité du régime qui leur assurera une couverture légale et constitutionnelle infaillible ; l’immunité du dénonciateur pour service rendu au régime.
Une aubaine pour les révolutionnaires de la 25 ème heure en quête de virginité intellectuelle, en manque de reconnaissances sociales et avides d’argent et qui feront de la dénonciation un commerce juteux qui pourrait rapporter gros. Sous le masque de gardiens des vertus et de dépositaires de la morale du régime sanguinaire, ces voyous omniprésents se mueront en accusateurs sans se soucier des preuves à présenter. Pour plaire à leurs bienfaiteurs, jouir de la reconnaissance et amasser de l’argent, les milices de la délation fustigeront de calomnie et de mensonges tous les esprits libres et jetteront en pâture tous les opposants.
Pour asseoir son autorité et pour contrôler le peuple, le régime donne à la dénonciation et à la trahison une légitimité et octroie aux dénonciateurs un pouvoir de violence psychologique et sociale, un statut social et un moyen de subsistance sans avoir à verser de salaires. Ainsi l’honneur des honnêtes gens est suspendu à la volonté des voyous et des traitres qui motivés par la jalousie, la vengeance, la cupidité auront l’autorité de calomnier, d’accuser, de bafouer, de diffamer, d’anéantir, d’intimider et d’agresser les gens honnêtes pour peu qu’ils soient opposants, réfractaires, libres ou indépendants du régime en place.
Jalel JEDDI
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