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Tunisie: devoir de mémoire

8 avril 2011
in Chroniques
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Rendre sa place dans l’Histoire à ceux qui la méritent et en expulser les usurpateurs. Ramener les lumières sur les vrais patriotes faiseurs

d’avenirs et condamner par l’oubli le plus muet les ripoux qui ont pris en otage l’Etat et son peuple, tel est notre devoir de mémoire.

Le 7 Novembre 1987, un militaire renversait un politique. La Tunisie de l’époque bouillait et l’écume de sa colère débordait de tous les bords et risquait de noyer le pays dans un abîme sans fond…La Tunisie se jetait alors tout entière sous la botte de celui qui saurait dompter ses ardeurs. L’ordre, la stabilité et la sécurité avant tout. Dans le chaos, un policier a tous les mérites et celui qui détient le bâton est acclamé en maître.

BEN ALI était l’homme de la situation, le temps n’était pas celui du rêve mais celui de l’urgence. Le combattant suprême s’éclipsait alors derrière un homme de main, l’homme de culture cédait sa place à un cancre. Le contexte exigeait un inculte sans tact : On était servi, le profil correspondait parfaitement au poste.

Comment l’Histoire peut-elle être aussi ingrate avec un visionnaire tel que BOURGUIBA ? Comment expliquer qu’un Homme d’une intelligence supérieure puisse succomber aux manigances d’un malicieux sans envergure ?

La réalité est que Ezzaïm a cessé d’être ce visionnaire bien avant sa destitution, Il a cessé d’être l’homme qu’il était et ce depuis longtemps. La maladie mais aussi la folie du pouvoir ont brouillé les vues de l’avant-gardiste qu’il était.

AHMED TLILI, un de ses plus proches lieutenants et compagnon de lutte lui adressait déjà une lettre ouverte en 1966, le prévenant des dérives dangereuses dans lesquelles sombrait le régime.

Les évènements d’OUARDANINE en 1967, la faillite de l’expérience des coopératives, le congrès de toutes les audaces du PSD en 1971 (Le congrès de MONASTIR), la lettre de Béji Caid Sebsi publiée dans le « Le monde » en Janvier 1972 expliquant les raisons de son départ du gouvernement, les dissensions, les retraits et la distance prise par certains de ses anciens fidèles, l’effervescence dans les campus universitaires…autant d’alertes et de signaux qui auraient dû avertir le fin Politique qu’il était et éveiller son sens d’autocritique.

Malheureusement, ces évènements n’ont fait qu’écorcher l’amour propre de l’homme qui s’est senti alors menacé et son leadership contesté…Par un reflexe d’auto-défense, il se barricade derrière des flatteurs intéressés et ferme les conduits du débat pour les remplacer par des épanchements d’allégeance…Une fuite en avant se met alors en place ponctuée par des amendements constitutionnels sur-mesure, des tricheries électorales indignes et une répression de plus en plus musclée…

La foire aux arrivistes, aux opportunistes et aux carriéristes de toutes sortes ouvrait ses portes au palais de Carthage. S’ensuit alors une guerre de succession renvoyant au deuxième plan les prérogatives économiques et sociales du gouvernement.

Le désordre appelle l’ordre, la peur appelle la discipline et le marasme appelle le changement.

Premier arrivé, premier servi. Il a osé en premier et  c’est là son seul mérite. Mu par une cupidité hors pair et une ambition sans état d’âme, Ben Ali destitue le père de la nation, berne le peuple et dupe les opposants. Une fois les manettes de l’Etat entre ses mains, les outils de la propagande bien rodés, les médias muselés,  il se passe de la bienséance des opposants et de la bénédiction du peuple et commence par écraser les uns et soumettre les autres. Ce fut le début et le début de la fin d’une triste histoire qui n’a que trop duré.

Une parenthèse regrettable que BOURGUIBA même a mise en scelle par un manque de lucidité et une cécité politique incompréhensible !

Incompréhensible parce qu’émanant de l’Homme qui du néant a su faire un Etat, Incompréhensible parce qu’émanant de l’Homme qui a ancré les valeurs de modernité et d’ouverture dans une société qui ne s’y prêtait pas, Incompréhensible parce qu’émanant de l’Homme qui a combattu l’ignorance et l’illettrisme avec toutes ses forces quand d’autres préféraient gouverner un peuple de goujats , Incompréhensible parce qu’émanant de l’Homme qui a porté les valeurs de l’union nationales au-delà des notions tribales et régionalistes alors que d’autres se plaisaient dans la division pour mieux installer leurs règnes…Cette cécité politique m’afflige plus que tout.

Comment effacer des mémoires la fin de son règne : cette image de vieillard divaguant s’accrochant jusqu’au bout au trône ? Rembobiner l’Histoire pour mieux la servir est le vœu de tous les bourguibiens de cœur.

Selon moi, la grandeur de l’Homme, son intégrité, son aura, la profondeur des ses réformes, la justesse de sa vision et son amour indéfectible pour la Tunisie et les tunisiens dissémineraient peu à peu la gêne ou la frustration qu’on puisse éprouver à l’évocation de cette image. Il a semé ce qu’on récolte maintenant. Il a laissé à son successeur une bombe à retardement : un peuple éduqué, des citoyens qui ont un souvenir de dignité et des femmes émancipées. Ce « bon grain »[En référence au livre de Béji Caïd Essbsi, « Le bon grain et l’ivraie »] est sorti enfin de terre en prenant tout le monde de court et surtout ceux qui ont tout fait pour l’ensevelir à jamais.

L’Histoire est positiviste par essence, elle retiendra certainement les errements du règne Bourguibien mais s’attardera plus longuement sur l’essentiel de ses réformes salvatrices.

L’Histoire c’est aussi cette mémoire populaire qui parle aux cœurs et qui mouille parfois les yeux, c’est ces histoires du « bon vieux temps » léguées en héritage de génération en génération. Et dans cette mémoire là, Bourguiba restera à jamais le Héros de l’indépendance, le père des tunisiens et le leader de la nation « زعيم الأمّة ».

Et Bien que je sois né longtemps après l’indépendance, l’image que je retiendrais toujours c’est celle du combattant suprême souriant à pleines dents, les traits vifs et le regard limpide porté par la foule à son retour de Paris sous fond de liesses de joie et de youyou.

Par Zied Boumaiza

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