
« Le chicken run », vous connaissez ? Un exercice rendu célèbre par le mythique film « La fureur de vivre » de James Dean : deux voitures, deux jeunes révoltés et une course jusqu’au bord d’un précipice et celui qui freine le premier sera le plus dégonflé des deux. Pour les plus subtils d’entre vous la scène est déjà révélatrice de notre vécu et il n’y a pas besoin d’aller plus loin.
Pour les autres voici le topo. Entre le gouvernement et l’UGTT c’est aussi une course au précipice mais dans cette chute qui guette ils entraîneraient avec eux plus que leurs propres clans mais tout un pays qui n’a rien demandé. C’est plus un bras de fer politique haut en symboles mais une simple guéguerre entre prétentieux et entêtés. Gifle versus grève. Obstination versus Grève. Pierre versus obstination. Matraques versus pierre. Molotov versus matraques. Plomb versus Molotov. Médias, partis, associations, facebook versus plomb.
Alors, enfin reculade et apaisement. Mais… frustration et humiliation. Du coup, ça reprend de plus belle… Ligues de la protection de la révolution versus UGTT. Et Grève générale.
Dans ce sprint fiévreux vers l’abîme, celui qui freinera le premier sera peut être perçu comme le poltron de l’histoire mais il est certainement le plus intelligent des deux. Mais je ne me fais pas d’illusion, ces gens étant ce qu’ils sont, l’accélérateur au plancher, ils mèneront inévitablement ce peuple au bord du désespoir et de l’exaspération.
Dans ce coin du monde qu’est la Tunisie, les gens n’apprennent ni de leur histoire ni de leur présent et ils ne soucient même pas de cet avenir qui pointe. Ils naviguent à vue et se laissent traîner par les humeurs des gens qui « militent » ou des gens qui « gouvernent ».
Voici notre plus grand défaut. Notre échec le plus cuisant. C’est de laisser ENCORE notre destin aux mains de personnes et de faire en sorte de paralyser d’une façon ou d’une autre les institutions. Je m’explique. Il est faux de croire que l’UGTT agit actuellement en tant qu’INSTITUTION syndicale. Une institution ne se met pas en colère, ne fait pas grève pour éponger une soif de vengeance. Une institution ça ne dort pas, ça ne bouffe pas, ça ne pisse pas et ça ne se met surtout pas en colère. Faire grève, oui mais encore. Il faut que ça soit pour de bonnes raisons. Il faut que cette grève apporte autant qu’elle fera perdre. Faire grève pour déloger un gouverneur ou pour condamner une bataille de rue…d’accord mais après. SILIANA croulera encore sous la pauvreté et les endoctrinés seront toujours autant abrutis qu’ils ne l’étaient avant la grève sinon plus. Ce qui est dommage c’est de voir l’UGTT dévier de son rôle originel pour servir d’étendard aux idéologisés, aux inquiets et à ceux dont l’amour propre supplante leur raison.
Autant pour le gouvernement, cette supposée main impartiale de l’Etat, son incarnation temporelle. Et voici que son chef prend parti pour son gouverneur contre vents et marais et scelle son sort avec lui. Aussi n’était-il pas conscient au moment d’ouvrir la bouche qu’il engage l’Etat dans cette pitoyable solidarité de clan. Et maintenant que ce gouverneur est parti, on fait quoi ? On suspend la République ou on se lamente sur la crédibilité de l’Etat qui en prend un sérieux coup. L’Etat n’a qu’une parole alors cessons d’en user sans discernement et sans calcul.
Et puis venons-en aux LPR. Ces soit disons kamikazes de la révolution, ces exorcistes acharnés qui veulent purifier le pays et qui ne font en réalité que nous pourrir la vie avec ces rounds de violence qu’ils suscitent, qu’ils provoquent ou qu’ils organisent. Bref…Le fait incontestable c’est qu’ils contribuent bon gré malgré à créer un climat délétère dans un contexte qui ne s’y prête pas. Encore du feu dans un pays qui s’embrase alors qu’il nous faut de la sagesse, beaucoup de sagesse pour refroidir les esprits et calmer le jeu.
Personne n’est dupe. Pas au point de ne pas discerner l’emprunte du parti au pouvoir dans les agissements de ces Ligues de la Protection de la Révolution. Ces derniers ne sont, encore une fois, que le signe de vacillement de l’Etat. Le gouvernement croit à tort que ces Ligues raffermissent son autorité et apportent la preuve de son enracinement populaire. Pire encore, il leurs lègue le sale boulot. A travers eux, le gouvernement veut jouer à armes égales avec les protestataires de l’autre bord. Il se voit ligoté par les contraintes de l’ETAT, alors il délègue. Que la République en pâtit, que le peuple se divise, qu’une guerre civile
éclate…peu importe du moment qu’il mène la danse.
Quelqu’un des deux doit freiner en premier. L’un des deux doit lever le pied pour que l’autre s’arrête. Ou ils doivent le faire ensemble.
Ne pas attendre de se faire prier. Négocier pour de bon. Ne pas faire semblant. Aller au fond des choses et crever les abcès une fois pour toute. Ils doivent aller vers ces négociations contraints et soumis et ne pas faire de chichis. Contraint par l’intérêt général et soumis à la volonté de la vie qui doit reprendre. La vie doit retrouver son chemin dans ce pays même si elle doit passer à travers des barbelés idéologiques, politiques ou religieux des uns et des autres. Le tunisien n’a que faire de vos légitimités historiques ou électorales si vous n’êtes pas foutu de lui rendre la vie moins pénible.
Ranger les humeurs, les colères et tout ce qui est intime au magasin des accessoires et incarner chacun l’institution qu’il représente pour de bon. Dans ces moments de crise, la froideur des institutions valent mille fois l’emportement et la fougue des Hommes.
Le jeudi prochain il n’y aura peut être pas un seul morceau de pain chaud dans toute cette contrée. J’espère vraiment, mais vraiment…que ça soit pour des raisons valables.
Zied Boumaiza
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