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Tunisie-France : repenser les pratiques culturelles en Méditerranée à travers le « care »

22 octobre 2026
in Actualités
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Tunisie-France : repenser les pratiques culturelles en Méditerranée à travers le « care »
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Une série de rencontres franco-tunisiennes consacrées au renouvellement des pratiques culturelles en Méditerranée, à travers le prisme du « care », ou du « prendre soin », s’est ouverte mercredi à Tunis. Réunissant une délégation de professionnels français du secteur culturel et des acteurs tunisiens, cette initiative vise à confronter les expériences et à explorer de nouvelles approches attentives aux besoins des artistes, des publics et des territoires.

Intitulées « Professionnels de Tunisie et de France : échanger, se rencontrer, construire ensemble », ces rencontres se déroulent du 21 au 23 octobre 2026 à l’Institut français de Tunisie (IFT), avant une dernière journée à la Cité de la Culture de Tunis.

Coorganisé par le Relais Culture Europe (France), le Bureau Europe Créative en Tunisie et l’IFT, cet événement s’articule autour de trois axes : prendre soin, garantir les droits culturels et faire ensemble. L’objectif est d’interroger les pratiques existantes et de promouvoir une approche plus inclusive de la culture, fondée sur l’attention aux personnes, aux territoires et à la diversité des expressions artistiques.

La Tunisie, partenaire d’Europe Créative depuis 2017

Ces rencontres s’inscrivent dans le prolongement d’un partenariat engagé de longue date. En juillet 2017, la Tunisie est devenue le premier pays arabe, africain et sud-méditerranéen à rejoindre le programme Europe Créative de la Commission européenne.

Selon des données officielles présentées en 2021, plus de 655 000 euros de subventions ont été accordés à 12 projets tunisiens durant la première phase du programme, couvrant la période 2014-2020. Ces projets impliquaient 39 structures issues de 15 pays européens.

La Tunisie a ensuite intégré la deuxième phase du programme, couvrant la période 2021-2027 et dotée d’un budget global de 2,2 milliards d’euros. Ce dispositif européen soutient les secteurs de la culture et de la création, avec une attention particulière portée à la cohésion sociale, à la transition écologique, à la liberté d’expression, à la musique et à la traduction littéraire.

Pour une démarche fondée sur l’écoute et la réciprocité

Le directeur de l’IFT, Julien Chenivesse, a souligné que le choix du terme « Fabrique » traduisait une volonté d’aller au-delà des déclarations d’intention pour examiner les méthodes, partager les difficultés et dégager des perspectives concrètes. Il a également proposé d’accompagner cette dynamique par une présentation de la politique culturelle française.

Dans une déclaration à la TAP, il a précisé que cette initiative réunissait des responsables d’institutions culturelles françaises et des acteurs tunisiens afin de réfléchir aux modalités d’une démarche fondée sur l’écoute, l’égalité et l’élaboration collective de règles de fonctionnement entre les deux rives de la Méditerranée.

Insistant sur la réciprocité, il a rappelé qu’il ne s’agissait pas de transposer des modèles, mais de faire dialoguer des expériences et des savoir-faire, dans le respect de la diversité des approches et des réalités locales.

Le « care » face aux vulnérabilités individuelles et collectives

La première journée, accueillie à l’IFT, a été consacrée aux liens entre pratiques culturelles et « care », avec une présentation du Relais Culture Europe et d’une note conceptuelle de l’Union européenne dédiée à cette notion.

Parmi les professionnels français participant aux échanges figure Jean-Louis Gavatorta, directeur général de l’Orchestre des Champs-Élysées. Sa présence à Tunis s’inscrit également dans le cadre du concert de clôture de l’Académie Artemis, un projet porté par l’Orchestre des Champs-Élysées et cofinancé par le programme Europe Créative de l’Union européenne.

Organisée en partenariat avec l’Institut supérieur de musique de Tunis et le Théâtre de l’Opéra de Tunis, la session tunisienne de ce projet se conclura le 25 octobre par un concert intitulé « La Méditerranée dans l’Opéra de Mozart », sous la direction d’Alessandro Moccia, premier violon solo de l’Orchestre des Champs-Élysées.

Lors des débats, Marta Gutiérrez, responsable du volet Culture d’Europe Créative en France au sein du Relais Culture Europe, a développé la notion de « care » dans un contexte mondialisé marqué par la multiplication des fragilités. Elle a notamment évoqué les enjeux liés à la santé morale, à la solitude, à la précarité, aux difficultés économiques ainsi qu’aux crises sociétales, politiques et écologiques, qui rendent plus visibles les vulnérabilités individuelles et collectives.

Selon les organisateurs, ces trois journées doivent permettre d’identifier les problématiques, de partager des récits et des pratiques et de renforcer les compétences des professionnels dans un esprit de réciprocité.

À l’ouverture des travaux, la représentante du Relais Culture Europe a salué le rôle historique de l’IFT, présenté comme un espace d’ouverture et un pont entre les artistes et les acteurs culturels à travers le monde. Soulignant les complémentarités avec le Bureau Europe Créative en Tunisie, elle a invité les professionnels tunisiens à faire connaître leurs projets afin de favoriser de nouvelles initiatives communes.

Elle a défendu une conception de la coopération internationale qui dépasse la simple mise en relation de partenaires autour d’un financement pour devenir une démarche collective, fondée sur l’apprentissage mutuel et la capacité à contribuer à la transformation des sociétés.

Concevoir des programmes à partir des besoins des artistes

La mise en contexte de cette première journée a été assurée par Saima Samoud, coordinatrice des panels et figure de la gestion culturelle en Tunisie. Elle a souligné qu’il était désormais illusoire d’appréhender la réalité tunisienne sans la replacer dans le contexte plus large de la mondialisation, des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle.

Rappelant les liens étroits entre la Tunisie et la France, notamment à travers le jumelage établi entre les deux ministères de la Culture après la révolution, elle a retracé les principales étapes de la structuration institutionnelle du secteur culturel tunisien. Cette évolution a contribué à consolider des acquis durables en matière d’institutions, de festivals et de réseaux publics, tout en favorisant les échanges autour du patrimoine et des industries créatives.

Saima Samoud, qui a présidé le Desk Europe Créative Tunisie d’avril 2020 à septembre 2022, a relevé que les notions de liberté, de participation et de justice territoriale avaient pris une place nouvelle durant la période 2016-2020, notamment grâce aux initiatives associatives et aux espaces culturels indépendants.

Elle a toutefois mis en garde contre une lecture linéaire de cette évolution, rappelant que les avancées demeuraient tributaires des contraintes de financement et des transformations politiques.

S’appuyant sur l’exemple du projet Elyssa, qu’elle a mené avec l’IFT, la musicologue et violoniste a insisté sur la nécessité de concevoir des programmes d’accompagnement globaux, élaborés à partir des besoins clairement exprimés par les artistes tunisiens, notamment les musiciens et les artistes visuels. Cette approche est, selon elle, essentielle pour garantir la pertinence des dispositifs mis en place.

Débats, visites et ateliers pour clôturer les rencontres

Les travaux se poursuivront jeudi à l’IFT avec des débats consacrés à la mise en œuvre concrète des droits culturels et aux méthodes permettant d’associer les publics aux processus de décision.

La journée de clôture, prévue vendredi à la Cité de la Culture de Tunis, sera accueillie par le Desk Europe Créative Tunisie, présidé par Haifa Zbiss. Les discussions porteront notamment sur le « faire commun » et le « Pacte pour la Méditerranée » de l’Union européenne, avant des ateliers thématiques consacrés à différentes disciplines, notamment la musique et la littérature.

Le programme prévoit également des visites de lieux culturels, des rencontres avec des artistes et la participation à des représentations artistiques, afin de prolonger les discussions et de faire émerger de nouvelles initiatives entre les professionnels des deux pays.

Avec TAP

Tags: coopération tuniso-françaiseIFTle care
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